Les papas dans l’IEF : une place à part

A consulter les sites, blogs, page FB ou Insta… consacrés à l’IEF, le moins qu’on puisse dire, c’est que les hommes y sont quasi-absents, à peine mentionnés. Quand ils le sont, c’est souvent comme conjoints vivant leur vie (professionnelle) à côté de la vie quotidienne de leurs enfants instruits par leur maman, parfois comme soutiens ou témoins des progrès de leur progéniture. Et pourtant, le choix de l’école à la maison résulte d’une décision consentie par les deux parents.

 

Des papas plus ou moins absents

Très rares sont les femmes qui mettent en avant leur homme, et, quand elles le font, elles se répandent souvent en clichés, du genre : « Il est fier de son fils qui progresse » ou « Il consacre peu de temps à ses enfants, vu que toute la semaine il travaille énormément et que le weekend il fait des travaux dans la maison » ou « Il partage de super moments avec ses enfants en jouant avec eux le soir et le dimanche après-midi ». Quasiment jamais vous ne lirez les états d’âme de ces messieurs ; à aucun moment ceux-ci ne livrent leurs inquiétudes sur les méthodes pédagogiques les plus efficaces pour apprendre à lire ou bien sur les troubles TDAH éventuels de leurs bambins ou encore sur la difficulté à mettre en place des activités artistiques. Quasiment rien sur une tâche menée par le papa dans le cadre de l’IEF. Comme si, inexorablement, le rôle de l’éducation des enfants et donc l’IEF était dévolu aux femmes. Mars contre Vénus ! Dans l’éternelle guerre des sexes, depuis la nuit des temps et pour des siècles et des siècles, Papa va à la chasse et Maman reste dans la grotte. Certes, il y a quelques papas blogueurs comme Papa Chouch qui parlent de l’éducation de leurs enfants mais ils sont rares.

 

Une répartition stéréotypée des tâches au sein du couple

Pourquoi une telle absence des pères dans l’IEF, en tous cas une aussi faible implication dans ce mode d’instruction ainsi que sur les sites qui en témoignent ? Tout d’abord, une évidence : les couples IEF sont comme les autres couples scolarisant leurs enfants à l’école. Il suffit de se rendre à une réunion parents-professeurs de collège ou de lycée pour se rendre compte que ce sont très majoritairement les femmes qui s’occupent et se préoccupent de la réussite scolaire – ce qui ne veut pas dire bien entendu que les hommes s’en désintéressent complètement.

 

Les pères ont leurs raisons que les mères ne doivent pas ignorer

Mais la question reste toujours posée : pourquoi les papas sont-ils en marge ?

Première possibilité observée : Un peu paresseux et/ou se sentant peu impliqués ou peu motivés, ils s’en désintéressent, et ça les arrange bien que ce soit leur femme qui se charge de la plus grande part de l’éducation et de l’instruction de leur progéniture. Sans statistique sur ce sujet, on peut imaginer qu’effectivement un nombre important d’hommes se débarrassent de cette tâche complexe pour la confier à leur épouse, d’autant que dans le lot, il doit y avoir une très grande proportion de machos pour qui s’occuper des gosses est du ressort exclusif des femmes. Eh ! oui, dur dur de lutter contre les stéréotypes patriarcaux plurimillénaires !

Deuxième possibilité observée : Dans le couple, chacun ne peut pas tout faire, et il est indispensable, en tous cas inévitable, de se répartir les tâches. Comme, malheureusement, ce sont les hommes qui ont généralement les plus gros salaires, c’est Maman qui arrête de travailler pour s’occuper des petits : à lui, donc, le travail en dehors de la maison pour faire vivre la famille ; à elle le foyer et ses tâches quotidiennes ainsi que l’IEF. Au fil des jours, les habitudes se prennent et chacun fait du mieux qu’il peut ce qu’il a à faire. Maman gère la maison ; elle conçoit les progressions pédagogiques et les met en œuvre avec les enfants. Papa, lui, s’intéresse le soir à ce qu’ont fait ou appris les enfants en leur posant des questions, mais sans avoir le temps de s’impliquer davantage dans la réalisation des apprentissages.

Troisième possibilité observée : Traditionnellement plus proches de leurs enfants que leur mari, parce que souvent elles ont plus la fibre maternelle et parce que dès la plus petite enfance on les conditionne souvent inconsciemment pour devenir la femme d’un foyer, les mères savent mieux s’occuper des enfants. Elles répugnent moins à réaliser des tâches souvent ingrates, comme changer des couches, nettoyer après le repas de bébé ou apprendre au petit dernier à s’habiller tout seul. Les mères ont davantage les qualités humaines (telles que la patience, la bienveillance, l’empathie…) nécessaires à la mise en œuvre d’apprentissages difficiles auprès d’enfants pas toujours intéressés ni très coopératifs.

 

Les femmes, responsables de cette marginalisation ?

Parfois, les hommes sont malheureux d’être mis à l’écart de ce qui leur apparaît comme une aventure merveilleuse. Ils aimeraient bien être à la place de leur femme et ils la jalousent même. D’abord, la faute en revient au manque de temps, à cause du travail qui les accapare et qui ne leur permet que de jouer de temps à autre avec leurs enfants ou encore de vivre une activité privilégiée rien qu’avec eux. Autre explication moins politiquement correcte : et si les femmes ne leur laissaient pas de place dans l’IEF ? Et si c’étaient elles les responsables de cette mise à l’écart ? Et si elles ne voulaient pas être dépossédées de leur œuvre, autrement dit si elles se réservaient la formation laborieuse mais exaltante d’un esprit ?

Car il faut bien le dire, au-delà des difficultés innombrables au quotidien dans la création des activités et de leur mise en œuvre, instruire son enfant à la maison comble de fierté toutes celles qui voient leurs enfants progresser, qui les regardent, émues, suivre du doigt les premiers mots qu’ils arrivent à ânonner, qui les entendent compter enfin jusqu’à dix… Impliquer le papa dans ces apprentissages nobles dans lesquels on se réalise intellectuellement, c’est perdre un peu de cette joie orgueilleuse qu’on éprouve inévitablement face à l’œuvre accomplie. Attention : ça ne veut pas dire forcément que les femmes éloignent volontairement ou consciemment leur partenaire masculin ; mais c’est humain de garder le plus possible pour soi ce qui donne du sens à sa vie.

Ces hommes ainsi « marginalisés » n’osent pas toujours dire leur frustration de ne pas pouvoir assumer ce rôle difficile mais exaltant d’instruire leur enfant. Souvent, comme dans de nombreux couples, les égos se frottent et dire à sa femme qu’elle a de la chance, elle, de vivre une telle aventure, c’est prendre le risque de la froisser, alors même qu’on l’entend régulièrement se plaindre, y compris sur Internet, qu’elle est épuisée, au bord du burnout… Alors, on laisse courir ; on se dit « C’est comme ça, et si ça se trouve, c’est mieux ainsi… » Et les choses s’installent, se pérennisent, chacun dans son rôle, comme une routine : Papa travaille et se réalise professionnellement, tout en s’intéressant plus ou moins aux apprentissages de ses enfants ; Maman, quant à elle, assure le quotidien à la maison et se bat pour la réussite de ses élèves chéris.

 

Une présence indispensable

Quoi qu’il en soit, quelle que soit la raison pour laquelle les hommes sont aussi peu investis dans les apprentissages quotidiens, il est évident qu’ils auraient tout intérêt à s’impliquer, non pas tant pour eux mais surtout pour leurs enfants. Ceux-ci ont en effet besoin que leur père participe à leur quotidien, d’abord parce qu’ils l’aiment, ensuite parce qu’à tout âge un petit garçon ou une petite fille grandit en se mesurant à son père. Et c’est d’autant plus vrai dans les familles IEF où l’enfant est plus souvent en contact avec sa mère, qu’un enfant scolarisé. S’il est vrai qu’un enfant devient ses parents, qu’il boit l’âme de ses parents chaque jour qui passe, alors le père ne doit pas être qu’un visiteur poli qui pose des questions le soir sur ce qui a été appris dans la journée. Le père doit apparaitre aux yeux de l’enfant comme un esprit agissant, comme un maitre, au même titre que sa mère. L’enfant y gagnera dans d’innombrables domaines : il aura plus confiance en lui et en ses capacités car son père lui aura montré et aura partagé avec lui un savoir-faire qui l’aura fait grandir. Qui plus est, il est sain que le papa s’immisce dans cette relation duelle entre la mère et l’enfant, ne serait-ce que pour la rééquilibrer si besoin est ou pour la compléter, surtout dans les cas où les relations mère-enfant sont tendues. Ainsi, quand les mamans ont tendance à s’énerver parce que leur « élève » n’arrive pas à se concentrer sur son travail ou qu’il ne comprend pas telle ou telle notion, les papas doivent intervenir, ne serait-ce que pour soulager leur femme.

 

Le plaisir d’inculquer à ses enfants ce qu’on sait

Enfin, quel bonheur, par exemple le weekend, de faire une sortie en forêt avec les enfants pour leur apprendre le nom de quelques champignons ou pour reconnaitre le nom des arbres qu’il va falloir abattre pour faire le bois l’hiver ! Quelle joie de jouer avec son fils ou sa fille par exemple aux petits chevaux, ce qui permet de réviser ses chiffres, ou à Cluedo, pour favoriser la mémorisation et la déduction ! Quel plaisir de bricoler avec le grand (ce qui implique de maitriser bon nombre de connaissances du programme en technologie) ! Apprendre, c’est aussi prendre du plaisir avec Papa. Les pères ont donc tout intérêt à reconquérir cette place à part qui les arrange peut-être parfois ou qu’on leur laisse pour de multiples raisons. Il leur faut oser s’impliquer et le faire savoir. Extraordinaire enjeu auquel sont confrontées bon nombre de familles IEF : l’homme dans le couple et la répartition des tâches, n’est pas qu’un homme, mais aussi un père, c’est-à-dire un modèle et un esprit, que l’enfant imitera ou assimilera d’autant plus facilement que son père agira pour son instruction comme sa mère.

 

 

Petits Génies en Herbe, pour Pass éducation