IEF (Instruction En Famille) en prolongement du maternage proximal | Expérience IEF

Aujourd’hui, j’ai eu le plaisir d’échanger avec Emilie qui accepte de nous livrer son expérience de l’IEF (Instruction en famille) ! Emilie est maman depuis 5 ans (2014). Avec son mari, elle instruit C. qui n’a jamais été scolarisée. Anciennement enseignante de langues (anglais et allemand), elle se consacre aujourd’hui entièrement à sa fille. Elle participe cependant très activement à la vie d’associations proches de chez elle. Ils vivent ensemble dans le Doubs (25).

 

 

Pourquoi avoir choisi l’IEF ?

« Je n’étais pas du tout prête à laisser ma fille dans ce que je connaissais de l’école. » Quand C. est arrivée à un âge où, habituellement, les parents se renseignent sur les établissements où inscrire leurs enfants, Emilie s’est rendue compte qu’elle ne souhaitait pas cela pour sa fille. Elle n’envisageait pas d’envoyer sa fille dans des classes surchargées avec trop peu d’adultes pour que les élèves soient réellement bien accompagnés. Un jour, elle tombe sur un groupe Facebook où les familles pouvaient échanger à propos de l’IEF et organisaient des rencontres. Elle s’est jointe à elles, et sa décision était prise : C. resterait avec elle ! Elle a retrouvé également dans cet « univers », une approche de la parentalité dans laquelle elle se sentait bien et se reconnaissait (allaitement non-écourté, portage, éducation positive, maternage proximal…).Une scolarisation n’est pas envisagée pour l’instant. Tout se passe bien, cette vie leur convient à tous les trois, donc pourquoi changer ?

Comment fonctionnez-vous aujourd’hui ?

« J’essaie de répondre au mieux aux demandes de C. en jonglant aussi avec mes besoins » La famille s’organise au jour le jour, seules les sorties sont prévues à l’avance. Elle n’utilise aucune méthode particulière mais s’inspire plutôt de plusieurs pédagogies afin de coller au mieux aux besoins de leur fille. Emilie a enseigné plusieurs années en écoles publiques et en association, ce qui lui permet de pouvoir plus facilement trouver les méthodes adaptées à son enfant. « Je n’ai pas envie d’y mettre un nom, parce que je n’y vois pas d’intérêt. Peu importe ce qui est utilisé, du moment que c’est dans le respect de sa demande, de son âge, de son développement mais également de mes besoins à moi, qui m’occupe d’elle. » La maman m’explique qu’elle se rend compte, après coup, que ce qu’elle faisait correspondait à une méthode ou une autre, et ce, depuis la naissance de C. . Elle ne cherche pas à correspondre à une pédagogie particulière, seulement être à son écoute. Cette façon de faire est, pour Emilie, la suite logique du maternage proximal qu’elle pratique déjà depuis le premier souffle de sa fille.

 

La sociabilisation a une grande place

Emilie fait beaucoup de rencontres et de sorties avec d’autres familles IEF. C. est également gardée plusieurs heures chaque semaine dans une crèche parentale associative qui accepte les enfants jusqu’à 6 ans. Elle a également créé un réseau solidaire de garde ponctuelle d’enfants dans les alentours de Belfort-Montbéliard (Montbéliard-Audincourt-Héricourt-Belfort). Basé sur le respect, l’échange et la gratuité, elle y a fait de nombreuses connaissances, dont certaines sont devenues des amies. C. va dans des familles, et Emilie accueille des copains-copines d’Alloparents de temps à autre. Elle est, aussi, membre du conseil administratif d’une association qui organise des ateliers parents-enfants et a pour projet l’ouverture d’un jardin pédagogique à Belfort (90), Les Mimines Vertes. Cette association, ouverte aux enfants scolarisés ou non, organise aussi bien des activités manuelles, des sorties, que des ateliers d’anglais ou de LSF (Langue des Signes Française) sur plusieurs créneaux afin de satisfaire la majorité.

Quels sont, pour toi, les points positifs de l’IEF ?

Comme le répètent souvent les parents de familles qui choisissent l’instruction en famille, un des grands points positif est de participer activement à l’épanouissement de l’enfant, de développer une relation privilégiée avec son enfant. Apprendre à respecter l’autre. Pour Emilie, l’IEF ce n’est pas uniquement respecter le développement et les demandes de l’enfant. C’est apprendre à l’enfant à respecter les limites de ses parents. L’école à la maison est un travail d’équipe. Il n’est pas question d’adulte en pleine crise d’autoritarisme qui imposerait du travail. A l’inverse, contrairement à ce que les plus sceptiques peuvent penser, il n’est pas non plus question d’une prise de pouvoir de l’enfant sur le parent. Le couple mère-fille avance main dans la main, dans la considération de l’autre. Pour cette maman, l’IEF permet également une remise en question. Ce mode de vie particulier permet de mettre d’autres croyances en perspective et les interroger, ce qui peut aider à avancer, évoluer et aider à accéder à un épanouissement familial commun.

 

Et le négatif ?

L’instruction en famille demande une grande disponibilité physique mais aussi psychologique. Ça demande une ouverture d’esprit à développer et faire évoluer constamment, un questionnement de soi perpétuel… Cet aspect peut être également positif, mais il demeure tout de même fatiguant.

 

Quels conseils donnerais-tu à une famille qui se lance dans l’IEF ?

« Faites vous confiance, faites confiance à votre enfant. Il est le meilleur guide qui soit en ce qui concerne sa vie : soyez seulement à l’écoute. » Elle souligne, cependant, qu’il ne faut pas s’oublier en tant qu’adulte. On peut avoir une impossibilité à répondre à une demande de l’enfant, nous ne sommes pas des sur-Hommes. L’essentiel est que cette non-réponse soit expliquée à l’enfant, et surtout, que les émotions et les sentiments soient accueillis.

 

Si tu devais choisir un seul et unique mot pour évoquer l’IEF, lequel choisirais-tu ?

« Liberté ! »

 

Je remercie infiniment Emilie qui a accepté de nous partager son expérience et sa vision de l’instruction en famille.

 

 

Chloé, de La Famille Gwaï, pour Pass éducation