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Difficultés de lecture et d'écriture en français à l'étranger

Votre enfant vit hors de France, et la lecture ou l'écriture en français lui résistent. Cela peut tenir à un français écrit peu enseigné et peu pratiqué, ou à une difficulté qui demande un avis, et seul un bilan permet de se prononcer. Voici des repères pour vous situer et choisir entre des ressources de français et une demande auprès d'un ou d'une orthophoniste.

En bref

Une difficulté à lire ou à écrire en français à l'étranger peut tenir à un français écrit peu enseigné et peu pratiqué, ou à une difficulté plus durable. Regardez ce que fait votre enfant dans la langue de l'école, à l'oral et dans le temps. Le bilinguisme n'est pas un trouble, et seul un bilan permet de conclure.

Un enfant, la tête entre les mains, regarde un grand livre avec un adulte qui lui montre la page

Pourquoi lire en français à l'étranger n'a rien d'automatique

À la maison, votre enfant entend le français et le parle peut-être chaque jour. Parler une langue ne suffit pourtant pas à la lire : la lecture s'enseigne. Quand l'école enseigne dans une autre langue, le français écrit peut se limiter à quelques livres, à quelques messages, à quelques moments de la journée.

En classe, votre enfant apprend les lettres et les règles de la langue de l'école. Les correspondances entre les sons et les lettres changent d'une langue à l'autre, et le français a les siennes. Apprendre à lire en français à l'étranger demande donc du temps, des supports et de la pratique. Un enfant qui voit peu de français écrit peut avancer lentement : ce constat, à lui seul, ne révèle pas une difficulté particulière.

La recherche éclaire ce point sans trancher pour un enfant donné. Selon Ziegler et Goswami (2005), l'apprentissage de la lecture repose sur la conscience phonologique, c'est-à-dire la capacité à repérer et à manipuler les sons de la langue, dans les langues étudiées jusqu'alors. La régularité de l'orthographe modifie les stratégies de lecture de l'enfant. Une méta-analyse de 82 études (Melby-Lervåg et Lervåg, 2014) compare des apprenants en langue seconde et en langue première : l'écart est important en compréhension orale, moyen en compréhension de lecture, faible en déchiffrage et en conscience phonologique. Ces résultats décrivent des groupes, pas votre enfant.

Apprentissage du français écrit ou difficulté persistante : les repères

Face aux difficultés de lecture en français d'un enfant expatrié, la frontière n'a rien d'évident. Geva (2000) souligne qu'en contexte plurilingue, il est difficile de distinguer l'apprentissage normal de la lecture en langue seconde d'un vrai échec. Aucun repère ne conclut donc à lui seul. Trois angles aident plutôt à formuler une question claire : ce que votre enfant fait dans la langue de l'école, à l'oral et dans le temps.

Dans la langue de l'école

Demandez à l'enseignant comment se passe la lecture dans la langue de l'école : progresse-t-elle, ou reste-t-elle laborieuse malgré l'enseignement reçu ? Un enfant à l'aise dans cette langue qui lit difficilement en français ne se trouve pas dans la même situation qu'un enfant qui peine dans les deux. Aucune de ces situations ne vaut diagnostic.

Une précaution s'impose, car la langue écrite change ce que l'on voit. Selon Ziegler et Goswami, la régularité de l'orthographe modifie aussi la façon dont la dyslexie se manifeste. Paulesu et ses collègues (2001) ont comparé des personnes dyslexiques italiennes, françaises et anglaises : les premières lisent mieux, mais chaque groupe présente le même déficit par rapport à ses témoins, et les auteurs attribuent les écarts de performance aux orthographes. Un rapport de l'Inserm (juillet 2016) note de son côté que la prévalence de la dyslexie varie selon les pays et les langues, et relie cet écart à l'orthographe, plus transparente en italien, plus opaque en anglais. Ces travaux invitent à la prudence quand on compare ce que votre enfant fait dans deux langues écrites.

À l'oral

Il est aussi utile de comparer ce que votre enfant comprend quand on lui lit une histoire et ce qu'il comprend quand il la lit seul. Un enfant qui suit bien une histoire racontée en français mais se perd dès qu'il la lit lui-même donne déjà une information à transmettre. Geva, dans un travail consacré à des enfants qui lisent l'anglais en langue seconde, retient deux indices : des différences de compétences de base dans une même langue, comme le traitement des sons, et un écart net entre compréhension orale et compréhension écrite. Ces indices se regardent en bilan : à la maison, vous pouvez simplement noter ce que vous voyez, sans en tirer de conclusion.

Dans le temps

Si votre enfant parle français sans savoir le lire, la première question est simple : a-t-il déjà reçu un enseignement régulier de la lecture en français ? Si ce n'est pas le cas, l'apprentissage reste à faire, et rien ne permet d'en déduire une difficulté. Regardez ensuite la trajectoire plutôt qu'une date : après un temps d'enseignement et de pratique, votre enfant avance-t-il, même lentement ?

Sur la dyslexie et le bilinguisme, la Haute Autorité de santé (HAS) apporte un repère : elle définit les troubles dys comme des troubles durables qui ne peuvent pas être totalement expliqués par une déficience, une pathologie, des carences pédagogiques ou un bilinguisme. Grandir avec plusieurs langues n'est ni un trouble ni la cause automatique d'une difficulté, et cela ne suffit pas non plus à écarter une question. Seul un bilan permet de dire s'il s'agit d'un trouble : les termes de dyslexie et de dysorthographie ne se posent pas à distance, sur une simple description.

Vous cherchez une solution pour votre enfant ?

Votre demande est d'abord étudiée : selon votre pays, les langues de votre enfant et les modalités possibles, elle pourra être présentée à un ou une orthophoniste partenaire.

Trouver des ressources de français adaptéesFaire une demande auprès d'un ou d'une orthophoniste

Le dépôt d'une demande ne constitue pas un rendez-vous et ne garantit pas l'obtention d'une place.

Première orientation : trouver des ressources de français adaptées

Quand la question porte d'abord sur l'apprentissage, le besoin est pédagogique : donner à votre enfant plus de français écrit, avec des supports à sa mesure. Choisissez le niveau d'après ce qu'il sait lire en français, plutôt que d'après sa classe dans la langue de l'école.

Pour commencer, les ressources de français du cycle 2 conviennent aux premiers apprentissages, et les ressources de français du cycle 3 aux enfants plus avancés. Quand l'écriture en français pose davantage question que la lecture, les pistes sur les difficultés d'orthographe en français aident à cibler le travail.

L'oral a aussi sa place. Sauf si l'enfant a du mal à déchiffrer, les auteurs de la méta-analyse de 2014 conseillent de travailler d'abord la compréhension orale. En pratique, lisez à voix haute, parlez de ce qui est lu et faites raconter.

Au-delà de la maison, plusieurs dispositifs existent. Leur présence dépend de votre pays : interrogez le consulat ou l'école sur ce qui est accessible près de chez vous.

  • Le CNED : le ministère de l'Europe et des Affaires étrangères indique que ses cours sont possibles dans un pays sans établissement français, avec une inscription individuelle ou collective. Les passages de classe sont décidés par ses professeurs et permettent l'admission dans tout établissement français. Pour le primaire, les classes et les conditions sont à vérifier directement auprès du CNED.
  • Le dispositif FLAM (français langue maternelle) : il vise des enfants français de 3 à 18 ans non scolarisés en français hors de France, qui doivent représenter au moins 50 % des effectifs de l'association. L'Agence pour l'enseignement français à l'étranger (AEFE) compte 122 associations dans 33 pays au 26 janvier 2026.
  • LabelFrancÉducation : une marque de qualité de l'enseignement bilingue francophone à l'étranger, gérée par l'AEFE avec le ministère, qui suit le programme officiel national du pays et non le programme français.

Ces ressources répondent à une question d'enseignement. Elles ne remplacent pas un avis si la difficulté persiste, et les deux démarches peuvent se mener en parallèle.

Seconde orientation : faire une demande auprès d'un ou d'une orthophoniste

Quand la difficulté persiste malgré un enseignement régulier, quand elle se voit aussi dans la langue de l'école, ou quand la question vous préoccupe, demander un avis aide à savoir s'il existe un besoin de soins. Ces situations ne disent pas, à elles seules, que votre enfant a besoin de soins : c'est le bilan qui permet d'en juger.

Le formulaire de demande permet de présenter la situation une seule fois : votre pays, l'âge de votre enfant, le type de demande et les langues parlées. Aucun détail clinique n'est à transmettre à ce stade. Selon votre pays et votre besoin, votre demande peut ensuite être présentée aux orthophonistes partenaires qui acceptent des demandes. Une demande n'est pas un rendez-vous, et son dépôt ne garantit pas d'en obtenir un.

Avant de la déposer, lisez ce qui concerne le bilan orthophonique d'un enfant expatrié et l'orthophonie en ligne depuis l'étranger, car les démarches dépendent de votre situation. Selon votre pays, les règles de soins et de remboursement varient : le médecin sur place, le consulat et votre assureur sont les bons interlocuteurs pour vous répondre.

Lorsqu'une dyslexie a déjà été diagnostiquée, la question change. Il s'agit alors de préparer l'expatriation avec votre enfant, et mieux vaut rassembler dès le départ les comptes rendus existants.

Parler avec l'école

L'école voit votre enfant lire et écrire dans sa langue d'enseignement, parmi d'autres élèves. Cet éclairage est précieux, même si le français n'y est pas enseigné. L'école décrit ce qu'elle observe : elle ne pose pas de diagnostic, et c'est le bilan qui permet d'aller plus loin.

Pour que l'échange serve, pensez à :

  • demander des exemples concrets : lecture à voix haute, compréhension, écrits, participation en classe ;
  • expliquer la place du français à la maison : qui le parle, ce qui se lit, depuis quand ;
  • demander si les observations restent les mêmes d'une période à l'autre ;
  • garder une trace des échanges et des travaux écrits, pour pouvoir les transmettre si une demande est faite.

Lorsque c'est l'école qui demande un bilan, demandez-lui ce qu'elle a observé et ce qu'elle attend du document. Selon votre pays, les démarches et les documents attendus varient : l'école reste la première interlocutrice sur ce point, et le médecin sur place pour la question de santé.

Vous cherchez un rendez-vous pour votre enfant ?

Indiquez votre pays de résidence. Le motif est déjà proposé, vous pouvez le modifier.

Faire une demande de rendez-vous

Le dépôt d'une demande ne constitue pas un rendez-vous et ne garantit pas l'obtention d'une place.

Questions fréquentes

L'école enseigne dans une autre langue : comment garder un temps de français écrit ?

Prévoyez un temps régulier de français écrit à la maison, avec des supports choisis d'après ce que votre enfant sait déjà lire en français. Selon votre pays, le consulat ou l'école peuvent indiquer des cours ou des associations accessibles. Si les progrès restent faibles malgré cet enseignement, vous pouvez demander un avis.

Dyslexie et bilinguisme : le bilinguisme explique-t-il une difficulté de lecture ?

La HAS définit les troubles dys comme des troubles durables qui ne peuvent pas être totalement expliqués, entre autres, par un bilinguisme. Grandir avec plusieurs langues n'est ni un trouble ni la cause automatique d'une difficulté de lecture. Un enfant bilingue peut néanmoins avoir besoin d'un avis, et seul un bilan permet de se prononcer.

La dyslexie se manifeste-t-elle de la même façon d'une langue à l'autre ?

Selon Ziegler et Goswami (2005), la régularité de l'orthographe change la façon dont la dyslexie se manifeste. Un rapport de l'Inserm (2016) note aussi une prévalence qui varie selon les pays et les langues. Ces résultats valent pour les langues étudiées et ne permettent pas de juger un enfant en particulier. Comparer deux langues écrites ne remplace pas un bilan.

Le CNED en primaire est-il une solution à l'étranger ?

Le ministère de l'Europe et des Affaires étrangères indique que les cours du CNED sont possibles dans un pays sans établissement français, avec une inscription individuelle ou collective. Les classes ouvertes et les conditions sont à vérifier auprès du CNED ou du consulat. Cette scolarité à distance répond à un besoin d'enseignement : elle ne remplace pas un avis sur une difficulté qui persiste.

Mon enfant lit bien dans la langue de l'école : cela écarte-t-il une difficulté en français ?

Ce constat ne suffit pas à conclure, dans un sens ni dans l'autre. Il renseigne sur sa lecture dans cette langue, et mieux vaut le signaler si vous faites une demande. Il reste à regarder comment le français écrit a été enseigné et pratiqué, puis comment votre enfant avance avec le temps.

Une demande auprès d'un ou d'une orthophoniste vaut-elle rendez-vous ?

Non. Selon votre pays et votre besoin, elle peut être présentée aux orthophonistes partenaires qui acceptent des demandes, mais son dépôt ne garantit pas de rendez-vous. Selon votre pays, le médecin sur place et votre assureur restent à interroger pour les questions de soins et de remboursement.

Rédaction Pass Éducation, mise à jour le 08/11/2026.