Ce que l'on peut observer, sans poser de diagnostic
Regardez d'abord ce que l'enfant écrit en situation ordinaire : un message, une réponse à une question, quelques lignes sur sa journée. Quelques repères aident à décrire ce que vous voyez.
- Les mots sont écrits comme ils se prononcent, sans les lettres muettes ni les accords.
- Des mots connus s'écrivent de plusieurs façons dans un même texte.
- Les règles sont connues à l'oral, mais elles ne se retrouvent pas à l'écrit.
- L'écriture en français demande beaucoup d'efforts et l'enfant l'évite.
- Les difficultés se voient aussi dans la langue de l'école, ou seulement en français.
Ce dernier point mérite d'être noté : une difficulté présente dans les deux langues n'a pas la même portée qu'une difficulté limitée au français, que l'enfant voit peu à l'école. Ces signes ne permettent pas, à eux seuls, de conclure à un trouble : seul un bilan réalisé par un ou une orthophoniste, ou un avis médical, peut le faire.
Pour distinguer une orthographe encore fragile d'une dysorthographie, vous pouvez lire difficultés en orthographe ou dysorthographie.
Ce qui peut expliquer ces difficultés
Le bilinguisme n'est ni un trouble ni une cause automatique. Pour le Royal College of Speech and Language Therapists (RCSLT), il ne provoque pas les troubles de la parole et du langage et n'en est pas un. L'influence d'une langue sur l'autre, le passage de l'une à l'autre et la perte d'une langue sont normaux : ils ne signifient pas que l'enfant a un problème.
Plusieurs raisons, souvent combinées, peuvent alors expliquer une orthographe fragile en français.
- Le temps passé dans la langue. Si l'enfant apprend à lire et à écrire surtout dans la langue de l'école, le français écrit reçoit moins de pratique.
- La langue elle-même. Selon les travaux de Ziegler et Goswami, l'apprentissage de la lecture repose sur la conscience phonologique, c'est-à-dire la capacité à repérer et à manipuler les sons de la langue, dans toutes les langues étudiées. La régularité de l'orthographe change toutefois les stratégies de lecture de l'enfant et la façon dont une dyslexie se manifeste.
- Le contexte. Peu de lecture en français, peu de dictées, des camarades avec qui l'enfant ne parle pas français : l'écrit reste alors un exercice rare.
- Une difficulté d'apprentissage. C'est une possibilité parmi d'autres, qui ne se confirme que par un bilan.
Si l'enfant lit aussi difficilement, voyez les difficultés de lecture et d'écriture en français à l'étranger, ou le cas d'un enfant qui lit difficilement en français alors qu'il lit dans la langue de l'école.
Trois gestes pour aider son enfant au quotidien
Ces conseils ne remplacent ni un bilan ni une rééducation. Ils installent des habitudes courtes, qui peuvent rester agréables. Choisissez-en un seul pour commencer, puis ajoutez les autres.
Des dictées courtes
Remplacez la grande dictée par quelques phrases, à un rythme tranquille, trois ou quatre fois par semaine. Par exemple, un enfant écrit quatre phrases, relit avec vous, repère deux mots à corriger et les réécrit. Mieux vaut choisir des mots que l'enfant rencontre vraiment, tirés de ses livres ou de sa vie quotidienne, et corriger peu de choses à la fois.
Une lecture partagée
Lire à voix haute à tour de rôle, quelques minutes par jour, donne à l'enfant l'image des mots qu'il devra écrire. Un enfant qui lit une page en alternance avec un parent, puis recopie de mémoire un mot qui l'a arrêté, relie le son et l'écrit. Arrêtez-vous sur les mots qui reviennent souvent et laissez l'enfant choisir parfois le livre. Pour les enfants plus jeunes, des idées existent pour les aider à lire sans les braquer.
Une écriture utile
Écrire pour quelqu'un donne du sens à l'orthographe. Un enfant qui rédige un court message à ses grands-parents ou à la famille restée en France a une vraie raison de bien écrire. Vous pouvez relire avec lui, lui montrer deux ou trois corrections, puis envoyer le message. Une carte, une liste de courses, une légende sous une photo jouent le même rôle.
Vous cherchez une solution pour votre enfant ?
Votre demande est d'abord étudiée : selon votre pays, les langues de votre enfant et les modalités possibles, elle pourra être présentée à un ou une orthophoniste partenaire.
Trouver des ressources de français adaptéesFaire une demande auprès d'un ou d'une orthophoniste
Le dépôt d'une demande ne constitue pas un rendez-vous et ne garantit pas l'obtention d'une place.
Ressources et accompagnement pédagogique, selon votre pays
Selon votre pays, plusieurs pistes peuvent offrir à l'enfant un accompagnement pédagogique en français, distinct d'un avis de santé, et plus d'occasions d'écrire.
- Le CNED. Le ministère de l'Europe et des Affaires étrangères indique que les cours du CNED sont possibles dans un pays sans établissement français, en inscription individuelle ou collective. Les passages de classe sont décidés par les professeurs du CNED et permettent l'admission dans tout établissement français.
- Le dispositif FLAM. Il vise des enfants français de 3 à 18 ans non scolarisés en français hors de France, réunis en associations. Pour savoir s'il en existe une près de chez vous, il faut interroger l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger (AEFE) ou le consulat.
- L'école. Selon votre pays, l'enseignant peut proposer des temps de soutien. Demandez-lui ce qu'il observe dans la langue de l'école avant de comparer avec le français.
Ces possibilités varient d'un pays à l'autre. Le consulat et l'école restent les interlocuteurs à interroger pour savoir ce qui existe près de chez vous.
À qui parler de ces erreurs d'orthographe, et à quel moment
Demandez un avis lorsque les difficultés durent malgré des habitudes régulières, lorsqu'elles se voient aussi dans la langue de l'école, lorsque l'écrit épuise l'enfant ou lui fait perdre confiance, ou lorsque l'école s'en inquiète. L'inquiétude d'un parent compte aussi.
Plusieurs interlocuteurs peuvent aider.
- Le médecin sur place, selon votre pays, pour un premier avis et une éventuelle orientation.
- L'école, qui peut décrire ce qu'elle observe et ce qu'elle peut aménager.
- Le consulat, pour savoir s'il publie une liste de médecins francophones.
- Un ou une orthophoniste, qui peut réaliser un bilan. Pour un enfant bilingue, l'évaluation se pense dans ses langues d'usage, avec l'aide d'un interprète si besoin.
Pour comprendre comment une orthophonie à distance peut s'envisager, voyez l'orthophonie en ligne pour enfants expatriés. L'assurance maladie ou l'assureur de la famille reste à interroger sur ce qui est pris en charge, selon votre pays.
Si vous souhaitez décrire la situation de votre enfant, vous pouvez déposer une demande. Elle peut être présentée à des orthophonistes partenaires, selon votre pays et votre besoin, mais elle ne vaut ni rendez-vous ni bilan, et aucune réponse n'est garantie.
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Indiquez votre pays de résidence. Le motif est déjà proposé, vous pouvez le modifier.
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Questions fréquentes
Mon enfant bilingue fait beaucoup de fautes en français : est-ce à cause du bilinguisme ?
Pas automatiquement. Selon le Royal College of Speech and Language Therapists, le bilinguisme ne provoque pas les troubles de la parole et du langage et n'en est pas un. D'autres éléments pèsent souvent : le peu de pratique de l'écrit en français, ou la façon dont l'orthographe de chaque langue s'apprend.
Faut-il arrêter une des deux langues pour que l'orthographe s'améliore ?
L'American Academy of Pediatrics déconseille d'arrêter la langue familiale, et l'ASHA encourage les familles à garder leurs langues, même si on leur a conseillé de les éviter. Une orthographe fragile appelle plutôt des habitudes régulières en français, comme de courtes dictées ou des messages à écrire à la famille.
Comment savoir si c'est une simple difficulté d'orthographe ou une dysorthographie ?
Les observations d'un parent décrivent une situation, elles ne permettent pas de trancher. Seul un bilan réalisé par un ou une orthophoniste, ou un avis médical, distingue les deux. Repérer la différence entre difficulté d'orthographe et dysorthographie aide à préparer cette démarche.
Que faire si notre pays n'a pas d'école française ?
Plusieurs possibilités existent, selon votre pays. Le CNED propose des cours à distance dans les pays sans établissement français, et le dispositif FLAM propose des associations pour les enfants non scolarisés en français. Le consulat est l'interlocuteur à interroger pour savoir ce qui existe près de chez vous.
Mon enfant peut-il être évalué par un ou une orthophoniste dans plusieurs langues ?
Un document québécois sur l'évaluation des enfants bilingues juge essentiel d'évaluer l'enfant dans ses deux langues d'usage. Si l'orthophoniste ne maîtrise pas assez l'une d'elles, le recours à un interprète est recommandé. Posez cette question avant tout bilan.
Sources
- Bilingualism (RCSLT)
- Ziegler et Goswami (2005), Reading acquisition, developmental dyslexia, and skilled reading across languages
- Centre national d'enseignement à distance (CNED), ministère de l'Europe et des Affaires étrangères
- Dispositif FLAM (français langue maternelle), AEFE
- HealthyChildren (American Academy of Pediatrics) : 7 Myths and Facts about Bilingual Children Learning Language
- ASHA : Bilingual Service Delivery
Rédaction Pass Éducation, mise à jour le 08/11/2026.