Cette fatigue mentale invisible qui apparaît quand il faut sans cesse occuper, organiser, proposer… et gérer les émotions de tout le monde
Temps de lecture : 28 min
Par Laura Mendes, mère de trois enfants.
À un moment des vacances, je finis toujours par avoir cette pensée un peu absurde :
“Mais pourquoi est-ce que j’ai l’impression d’être en service permanent ?”
Pas au sens dramatique.
Juste cette sensation étrange :
de ne jamais vraiment sortir du mode organisation.
Prévoir le repas.
Trouver une activité.
Gérer les disputes.
Limiter les écrans.
Proposer une sortie.
Anticiper l’ennui.
Répondre à :
- “On fait quoi maintenant ?”
- “Je peux avoir un goûter ?”
- “Il m’a pris mon truc.”
- “Tu peux venir jouer ?”
Et honnêtement, certaines journées donnent l’impression d’enchaîner les micro-sollicitations sans une seule vraie pause mentale.
Je me souviens d’un après-midi où j’essayais simplement de lire trois pages d’un livre sur une chaise longue.
Trois pages.
En vingt minutes, j’ai dû :
- retrouver un maillot,
- arbitrer une dispute sur un ballon,
- préparer deux verres d’eau,
- répondre à une crise parce que “la glace de son frère est plus grosse”,
- puis aider à construire une cabane qui s’est finalement écroulée au bout de quatre minutes.
Le livre est resté ouvert à la page 12 pendant deux heures.
Et franchement, ce n’est pas tant l’agitation qui fatigue.
C’est la sensation de devoir constamment :
faire tourner la journée.
Aujourd’hui, beaucoup de familles cherchent des activités éducatives pour rendre les enfants plus autonomes pendant les vacances afin d’éviter cette impression de devoir animer chaque minute de l’été.
Les vacances modernes demandent énormément aux parents
Je crois qu’on idéalise beaucoup les vacances familiales.
On imagine :
- du repos,
- des moments simples,
- du temps ensemble.
Mais dans la réalité, beaucoup de parents deviennent aussi :
- logisticiens,
- médiateurs,
- organisateurs,
- gestionnaires émotionnels,
- et parfois même :
source principale de divertissement.
Quand j’étais petite, les adultes semblaient davantage vivre :
leurs propres journées.
Les enfants jouaient autour.
Aujourd’hui, j’ai souvent l’impression qu’on attend des parents qu’ils soient :
présents partout,
tout le temps,
et émotionnellement disponibles en continu.
Et honnêtement, au bout de plusieurs jours, c’est épuisant.
Beaucoup d’enfants ont du mal à lancer leurs propres jeux sans adulte
C’est probablement ce qui me surprend le plus aujourd’hui.
Mes enfants ont :
- des jeux,
- des livres,
- du matériel créatif,
- un jardin,
- des cousins parfois.
Et pourtant, certaines journées ressemblent malgré tout à une immense attente :
de nous.
Je le vois surtout dans les moments de flottement.
Quelqu’un tourne dans le salon.
L’autre ouvre un placard puis le referme.
Puis arrive la fameuse phrase :
“On peut faire quoi ?”
Et parfois, intérieurement, j’ai envie de répondre :
“Je ne sais pas… inventez quelque chose ?”
Mais honnêtement, beaucoup d’enfants semblent aujourd’hui avoir du mal :
à entrer seuls dans leur propre imaginaire.
Les écrans remplissent tellement vite le vide qu’ils finissent par rendre l’autonomie plus difficile
Je ne vais pas faire semblant :
oui, les écrans sauvent parfois certaines journées.
Dans la voiture.
Quand il pleut.
Quand tout le monde est épuisé.
Et parfois, franchement, ça fait du bien :
à tout le monde.
Mais ce que j’ai remarqué avec le temps, c’est que plus les écrans occupent les temps morts, plus les enfants semblent avoir du mal ensuite :
à créer leurs propres occupations.
Comme si leur cerveau s’habituait progressivement :
à recevoir la stimulation plutôt qu’à la fabriquer.
Je l’ai particulièrement vu après plusieurs jours très numériques.
Les enfants devenaient :
- plus dépendants de nous,
- plus vite frustrés,
- incapables de rester longtemps dans un jeu autonome.
Alors petit à petit, on a commencé à garder certains moments volontairement :
un peu vides.
Pas complètement sans rien.
Mais moins remplis automatiquement.
Et on utilise davantage de supports éducatifs et jeux à imprimer pour occuper intelligemment les enfants pendant les vacances afin qu’ils puissent démarrer quelque chose seuls sans attendre constamment qu’un adulte lance la machine.
Les parents aussi oublient parfois comment ralentir
Et ça, honnêtement, j’ai mis du temps à l’accepter.
Parce qu’au fond, moi aussi j’ai parfois du mal :
avec le vide.
Je me surprends souvent à vouloir :
- remplir,
- organiser,
- optimiser la journée.
Comme si une journée “réussie” devait forcément être :
productive ou mémorable.
Je me souviens d’un matin où absolument rien n’était prévu.
Et au lieu d’apprécier ce calme, j’ai immédiatement commencé à chercher :
- une sortie,
- une activité,
- quelque chose à faire.
Comme si moi aussi j’étais devenue incapable :
de juste laisser la journée exister.
Les journées les plus fluides sont souvent celles où les adultes arrêtent un peu de porter toute l’ambiance familiale
Ça a été une énorme prise de conscience chez nous.
Pendant longtemps, j’essayais de maintenir :
- une bonne humeur générale,
- des activités,
- des moments familiaux,
- une organisation parfaite.
Et honnêtement, plus j’essayais de contrôler l’ambiance, plus tout le monde semblait :
tendu.
Aujourd’hui, certaines des meilleures journées commencent justement quand :
on relâche un peu.
Les enfants râlent un moment.
Tournent en rond.
S’ennuient peut-être un peu.
Puis quelque chose finit par apparaître :
- un jeu,
- une cabane,
- un dessin,
- une chasse au trésor improvisée,
- ou simplement une longue discussion entre frères et sœurs.
Certains enfants réclament surtout… de la présence émotionnelle
Je l’ai particulièrement compris avec ma plus jeune.
Parfois, ce qu’elle demandait n’était pas vraiment :
une activité.
C’était :
un regard,
une attention,
quelques minutes de vraie disponibilité.
Et honnêtement, ça change énormément la façon de répondre.
Parce qu’il y a une différence entre :
- devoir constamment divertir un enfant,
et - lui offrir parfois un vrai moment de connexion avant qu’il reparte jouer seul.
Les vacances deviennent plus légères quand chacun retrouve un peu sa place
Aujourd’hui, je n’essaie plus vraiment :
de fabriquer des journées parfaites.
Je cherche plutôt :
un équilibre.
Des moments ensemble.
Des moments autonomes.
Des moments calmes.
Et aussi :
des moments où les adultes ont le droit d’exister autrement que comme organisateurs permanents de l’été.
Certaines journées restent encore :
bruyantes,
désordonnées,
épuisantes.
Bien sûr.
Mais parfois, en fin d’après-midi, il se passe quelque chose de simple.
Les enfants jouent enfin sans nous appeler toutes les deux minutes.
Quelqu’un lit dans un coin.
Le salon est encore en bazar, évidemment.
Et soudain, pendant quelques instants, les vacances ressemblent enfin un peu :
à des vacances pour tout le monde.