Pourquoi les enfants réclament-ils sans arrêt l’attention des parents pendant les vacances ?

Cette impression d’être devenu animateur, arbitre, organisateur et compagnon de jeu du matin au soir

Temps de lecture : 27 min
Par Thomas Renaud, père de deux enfants.


L’autre jour, j’ai compté.

Pas volontairement au début.
C’est juste qu’à un moment, la répétition est devenue presque absurde.

“Mamaaaan…”
“Papaaa…”
“Tu peux venir ?”
“Tu joues avec moi ?”
“Regarde ça.”
“Je sais pas quoi faire.”
“Tu peux nous aider ?”

En moins d’une heure, j’avais été :

  • arbitre d’un conflit de coussins,
  • constructeur de cabane,
  • chercheur officiel de feutres perdus,
  • préparateur de goûter,
  • réparateur de pistolet à eau,
  • et accessoirement :
    père de famille en vacances.

À 17h, j’avais déjà l’impression d’avoir vécu trois journées.

Et ce qui m’épuisait le plus, ce n’était même pas le bruit.

C’était cette sensation étrange :
de ne jamais réussir à sortir du mode “sollicité”.

Comme si mes enfants avaient besoin d’une présence permanente pour :

  • jouer,
  • décider,
  • inventer,
  • ou simplement traverser une journée.

Pendant longtemps, j’ai cru que c’était normal. Que les enfants “ont besoin des parents”, point.

Mais plus les vacances passent, plus je me demande si beaucoup d’enfants n’ont pas surtout perdu :
l’habitude de faire exister leur propre monde sans adulte au milieu.

Aujourd’hui, énormément de familles cherchent des activités éducatives pour favoriser l’autonomie des enfants pendant les vacances afin de sortir de cette sensation d’occupation permanente qui finit par épuiser tout le monde.


Certains enfants ne supportent plus vraiment les moments “sans adulte”

Ce qui m’a frappé ces dernières années, ce n’est pas que mes enfants aient envie de jouer avec nous.

C’est plutôt :
la difficulté à jouer sans nous.

Je le vois surtout dans les moments de flottement.

Le matin après le petit-déjeuner.
L’après-midi quand il fait trop chaud.
Ou ces longues fins de journée où tout le monde commence à fatiguer.

On dirait parfois qu’ils attendent :
qu’un adulte lance le monde à leur place.

Je me souviens d’un après-midi très simple où tout était pourtant disponible :

  • Lego,
  • jeux,
  • livres,
  • jardin,
  • cousins,
  • ballon,
  • cabane déjà construite.

Et malgré ça, les enfants tournaient autour de nous dans la cuisine comme des satellites fatigués.

Au bout d’un moment, mon fils a fini par dire :

“Mais qu’est-ce qu’on peut faire ?”

Et franchement, cette phrase m’a fait bizarre.

Parce qu’au fond, il y avait déjà :
plein de choses à faire.


Les vacances modernes rendent les parents ultra disponibles… et ultra sollicités

Quand j’étais petit, les adultes vivaient davantage :
leur propre journée.

Les enfants jouaient.
Traînaient dehors.
S’inventaient des trucs improbables avec trois cailloux et un tuyau d’arrosage.

Aujourd’hui, beaucoup de parents ont l’impression qu’il faut :

  • accompagner,
  • stimuler,
  • encadrer,
  • proposer,
  • gérer les émotions,
  • surveiller les écrans,
  • créer des souvenirs.

Et honnêtement, c’est épuisant.

Il y a quelques jours, j’essayais juste de boire un café dehors cinq minutes.

Cinq minutes.

Au bout de trente secondes :

  • quelqu’un réclamait un verre d’eau,
  • l’autre voulait que je regarde une figure de trottinette,
  • puis une dispute a éclaté pour savoir “qui avait commencé”.

Mon café était froid avant même que j’aie pu le finir.


Les écrans ont changé beaucoup de choses dans le rapport à l’ennui

Je ne pense pas que les écrans soient responsables de tout.

Mais je crois qu’ils ont profondément modifié :
la façon dont les enfants vivent les temps vides.

Parce qu’un écran remplit immédiatement :

  • le silence,
  • l’attente,
  • le moindre flottement.

Le cerveau n’a plus besoin :
d’inventer.

Et ensuite, certains enfants semblent perdus dès qu’aucune stimulation immédiate n’arrive.

Je l’ai remarqué surtout après plusieurs jours très numériques.

Les enfants devenaient beaucoup plus :

  • dépendants de nous,
  • incapables de démarrer un jeu seuls,
  • ou frustrés très vite lorsqu’on n’était pas disponibles.

Alors petit à petit, on a essayé autre chose.

Moins d’écrans réflexes.
Moins de “solutions rapides”.
Plus de temps où ils devaient justement :
traverser un peu ce vide.

On a commencé à utiliser davantage de supports d’activités et jeux éducatifs pour encourager l’autonomie pendant les vacances mais sans transformer les journées en programme militaire.

Et au bout d’un moment, quelque chose s’est remis à apparaître :
leurs idées.


L’ennui crée souvent une agitation… avant de créer de l’imagination

Ça, honnêtement, je ne l’avais pas compris avant d’avoir des enfants.

Je pensais que l’ennui devait être :
supprimé rapidement.

Maintenant, je vois les choses autrement.

Parce que le moment où un enfant dit :

“Je m’ennuie”
n’est souvent pas la fin de quelque chose.

C’est le début.

Mais avant ça, il y a souvent :

  • de l’agitation,
  • des plaintes,
  • des allers-retours dans le salon,
  • des “j’sais paaas quoi faiiire” répétés vingt fois.

Et franchement, cette phase-là est fatigante.

Très fatigante.

Mais parfois, si on ne remplit pas immédiatement le vide, quelque chose finit par émerger.

Une histoire.
Une cabane.
Un jeu ridicule avec des pinces à linge.
Une chasse au trésor improvisée.


Certains enfants absorbent énormément la disponibilité émotionnelle des parents

Je l’ai particulièrement vu avec ma fille.

Plus nous étions :

  • disponibles,
  • attentifs,
  • présents,
    plus elle semblait avoir besoin :
    de présence.

Comme si elle avait du mal à “décoller” émotionnellement.

Pendant longtemps, je culpabilisais dès que je voulais juste :
être tranquille dix minutes.

Aujourd’hui, j’essaie plutôt de voir l’autonomie comme quelque chose qui se construit aussi :
dans ces petits moments où les enfants apprennent à patienter un peu sans nous.

Et ce n’est pas toujours confortable.

Ni pour eux.
Ni pour nous.


Les meilleures journées ne sont pas forcément celles où les parents jouent tout le temps

Je crois que c’est probablement la plus grosse illusion moderne autour des vacances familiales.

On imagine qu’un bon parent doit être :
présent en permanence.

Mais honnêtement, certaines des journées les plus fluides chez nous sont justement celles où chacun retrouve un peu :
son propre espace.

Les enfants jouent.
Les adultes respirent.
Personne n’essaie de produire des “moments parfaits” toutes les vingt minutes.

Je me souviens d’une fin d’après-midi toute simple où :

  • les enfants avaient construit une cabane avec des draps,
  • ma femme lisait,
  • je bricolais dehors,
  • et tout le monde semblait enfin :
    à sa place.

Il n’y avait rien d’Instagrammable.
Mais l’ambiance était légère.

Et franchement, ça valait largement toutes les activités organisées du monde.


Peut-être que les vacances servent aussi à réapprendre à être seuls… sans être seuls

Aujourd’hui, je ne cherche plus vraiment :
des journées parfaites.

J’essaie surtout de créer des journées où tout le monde peut :
respirer un peu.

Parfois ça fonctionne.
Parfois pas du tout.

Il y a encore des jours où :

  • les écrans reviennent trop vite,
  • les enfants se chamaillent toute l’après-midi,
  • et où je rêve secrètement de boire un café entier sans interruption.

Mais je remarque quand même quelque chose.

Quand les journées ralentissent vraiment, les enfants recommencent peu à peu :
à inventer,
à construire,
à exister sans sollicitation constante.

Et souvent, les moments les plus précieux arrivent justement là :
au milieu d’un salon en bazar, d’une cabane bancale et d’un silence qu’on n’avait pas entendu depuis longtemps.