Ce contraste entre la maison et l'école : quoi noter
Les parents décrivent souvent la même scène : à la maison, l'enfant raconte, chante, réclame, et à l'école il se tait, répond d'un geste ou chuchote. Ce contraste est un fait à noter, pas une conclusion. Il dit où le silence apparaît, pas pourquoi.
Pour y voir plus clair, repérez :
- dans quelles situations l'enfant parle à l'école (avec un camarade, en petit groupe, dans la cour) et dans lesquelles il se tait ;
- s'il comprend ce qu'on lui demande et réagit aux consignes, même sans répondre ;
- s'il parle dans d'autres lieux que la maison (chez des proches, au parc, avec des enfants qu'il connaît) ;
- depuis quand le silence dure, et s'il a commencé avec l'entrée à l'école ou un changement de pays.
Ces observations ne forment ni un test ni un score. Elles servent à décrire la situation avec précision à un médecin, à l'école ou à l'orthophoniste.
Ce qui peut expliquer ce silence
Plusieurs explications se côtoient, et aucune ne s'impose sans examen.
- L'adaptation à une nouvelle langue. Quand une langue est nouvelle, un enfant en comprend souvent bien plus qu'il n'en dit. On parle alors de période silencieuse. Selon un guide québécois d'évaluation orthophonique, cette caractéristique ne révèle pas à elle seule un trouble du langage.
- La timidité ou l'inquiétude. Une classe nouvelle, des adultes inconnus, des règles que l'on ne maîtrise pas encore : certains enfants se protègent en se taisant.
- Un trouble anxieux nommé mutisme sélectif. Il n'est envisagé qu'à partir de faits précis, et c'est au médecin d'en discuter.
Le bilinguisme, lui, n'est ni un trouble ni une cause automatique. Pour le Royal College of Speech and Language Therapists, il ne provoque pas les troubles de la parole et du langage et n'en est pas un. Il serait donc trompeur de relier le silence de l'enfant à ses deux langues sans autre raison. Pour mieux comprendre la place des deux langues, vous pouvez lire les repères sur l'enfant bilingue et les difficultés de langage.
Sur la durée de la période dite silencieuse, aucune norme n'est établie. Une revue récente rapporte des durées allant de quelques jours à plus d'un an selon les études, et juge très limitées les preuves de l'existence d'une telle période. Impossible donc de dire « c'est normal jusqu'à tel mois » ou « c'est inquiétant au-delà ».
Le mutisme sélectif : ce que désigne le terme
Dans le mutisme sélectif, l'enfant sait parler, mais ne le fait pas dans certains lieux ou avec certaines personnes, sans que ce soit un choix. Cela dure plus d'un mois, sans compter le premier mois de scolarité, et ne s'explique pas par la méconnaissance de la langue. Le NHS britannique le décrit comme un trouble anxieux, qui commence le plus souvent entre 2 et 4 ans, souvent remarqué à l'entrée à la crèche ou à l'école, et plus fréquent chez les enfants récemment migrés.
Ce terme ne s'emploie pas depuis la maison, ni d'après un récit entendu ou une liste de signes. C'est au médecin d'en discuter avec vous, à partir de ce que vous et l'école observez. Le mot sert d'abord à poser une question aux bons interlocuteurs, pas à étiqueter votre enfant.
Cinq façons d'échanger avec l'école et de soutenir votre enfant
1. Rencontrer l'enseignant ou l'enseignante avec des observations précises
Plutôt que « il ne parle pas », décrivez des situations. Un parent peut expliquer qu'à la maison son enfant raconte sa journée en détail, joue à faire la maîtresse avec ses peluches, et demander ce que l'enseignante pense de ce qu'elle voit en classe.
2. Demander ce que l'école observe, lieu par lieu
Posez des questions ouvertes : avec qui l'enfant joue, s'il lève la main, s'il répond par gestes. Un enfant qui se tait en classe mais chuchote à un camarade dans la cour donne une information utile à noter.
3. Ne pas forcer l'enfant à parler
Les « dis bonjour » ou « réponds à la dame » répétés peuvent accroître la pression. Un enfant à qui l'on propose de montrer du doigt, de hocher la tête ou de dessiner sa réponse reste en lien sans être mis en difficulté.
4. Garder les langues de la maison
L'American Academy of Pediatrics et l'ASHA, l'association américaine d'orthophonie, encouragent les familles à garder leurs langues, même si on leur a conseillé de les éviter. Exemple : un enfant continue à entendre et à parler français le soir, dans un climat détendu.
5. Faire le lien entre la maison et l'école
Une rencontre avec un camarade hors de l'école, ou la visite de la classe avant la rentrée du matin, peut aider un enfant à se sentir plus à l'aise. Ainsi, un enfant qui a déjà joué chez lui avec un camarade de classe peut le retrouver avec moins d'appréhension le lendemain.
Si l'école évoque l'idée d'un bilan, voyez ce qu'il vaut mieux savoir avant de répondre quand une école étrangère demande un bilan.
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Votre demande est d'abord étudiée : selon votre pays, les langues de votre enfant et les modalités possibles, elle pourra être présentée à un ou une orthophoniste partenaire.
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Le dépôt d'une demande ne constitue pas un rendez-vous et ne garantit pas l'obtention d'une place.
À qui parler de ce silence à l'école, sur place ou à distance
L'Ordre des orthophonistes et audiologistes du Québec conseille de consulter si le langage évolue peu malgré une exposition suffisante et soutenue plusieurs mois, si les échanges demandent beaucoup d'efforts, ou si le quotidien ou l'école sont touchés. Ces repères aident à décider, sans remplacer l'avis d'un médecin.
Le médecin est en général le premier interlocuteur. Il peut orienter vers un psychologue ou un psychiatre pour l'anxiété, et vers un ou une orthophoniste pour la parole et le langage. Le NHS cite aussi le psychologue scolaire. Ce qui existe sur place, et la façon d'y accéder, dépend de votre pays : selon votre pays, interrogez le médecin sur place, l'école, le consulat et votre assureur.
Les familles à l'étranger cherchent souvent un ou une orthophoniste qui parle français. Le travail avec un enfant plurilingue prend en compte ses langues : un résultat obtenu dans une seule langue ne représente jamais le langage global d'un enfant bilingue, et l'orthophoniste peut recourir à un interprète. Votre récit de parent compte aussi, car un problème de langage se voit dans la ou les langues de la maison.
Pour savoir comment se passe une consultation à distance, voyez l'orthophonie à l'étranger pour un enfant. La convention française des orthophonistes exclut le bilan initial du télésoin ; un autre pays peut en décider autrement. Si vous hésitez, les repères pour un enfant bilingue qui parle peu aident à situer le moment de demander un avis, et un enfant bilingue parle-t-il plus tard répond à une question voisine.
Pour exposer la situation de votre enfant une seule fois, vous pouvez déposer une demande. Elle est étudiée avant d'être éventuellement présentée à des orthophonistes partenaires qui acceptent des demandes selon votre pays et votre besoin. Elle ne vaut ni rendez-vous ni bilan.
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Questions fréquentes
Mon enfant parle à la maison mais pas à l'école : est-ce grave ?
Le contraste entre la maison et l'école est un fait à décrire, il ne permet pas de conclure. L'adaptation à une nouvelle langue, la timidité ou l'inquiétude peuvent l'expliquer. Si le silence dure ou pèse sur le quotidien, un médecin peut en discuter avec vous.
Mon enfant ne parle pas à l'école étrangère : faut-il s'inquiéter ?
Au début d'une seconde langue, un enfant comprend souvent plus qu'il n'exprime. Cela ne révèle pas à soi seul un trouble du langage. Parlez-en à l'enseignant ou à l'enseignante, puis à un médecin si le silence se prolonge ou touche d'autres lieux.
Qu'est-ce que le mutisme sélectif chez un enfant bilingue ?
C'est un trouble anxieux où l'enfant sait parler mais ne le fait pas dans certains lieux ou avec certaines personnes, sans que ce soit un choix. Il ne s'explique pas par la méconnaissance de la langue. Le bilinguisme n'en est pas la cause automatique, et c'est à un médecin d'en discuter avec vous.
Combien de temps dure la période silencieuse d'un enfant bilingue ?
Aucune durée normale n'est établie. Une revue récente rapporte des durées allant de quelques jours à plus d'un an selon les études, et juge très limitées les preuves de l'existence d'une telle période. En cas de doute, mieux vaut demander un avis que fixer une limite soi-même.
Vers qui me tourner si mon enfant se tait à l'école à l'étranger ?
Le médecin est en général le premier interlocuteur. Il peut orienter vers un psychologue, un psychiatre ou un ou une orthophoniste selon la situation. Ce qui existe sur place dépend de votre pays : interrogez le médecin sur place, l'école, le consulat ou votre assureur.
Sources
- Selective mutism (NHS)
- Selective mutism (Helping You Communicate)
- Apprendre plus d'une langue : le bilinguisme (Ordre des orthophonistes et audiologistes du Québec)
- Bilingualism (Royal College of Speech and Language Therapists)
- HealthyChildren (American Academy of Pediatrics) : 7 Myths and Facts about Bilingual Children Learning Language
- ASHA : Bilingual Service Delivery
Rédaction Pass Éducation, mise à jour le 08/11/2026.