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Un enfant bilingue parle-t-il plus tard ?

Votre enfant grandit avec deux langues ou plus et il parle moins que vous ne l'imaginiez ? L'idée reçue est tenace, les sources sont plus nuancées. Voici ce qu'elles disent, pourquoi on regarde toutes les langues ensemble et à partir de quand demander un avis.

En bref

Non, pas de façon automatique. Selon l'American Academy of Pediatrics et l'ASHA, apprendre plusieurs langues ne cause pas de problème de parole ou de langage, et les jalons restent les mêmes. Une revue d'études nuance : elle trouve des preuves limitées d'un rythme plus lent. Si le langage évolue peu malgré une exposition suffisante, un avis se justifie.

Ce que vous remarquez quand il parle peu

Beaucoup de parents constatent que leur enfant dit peu de mots dans une langue, qu'il répond dans l'autre ou qu'il mélange les deux. Ce sont des observations, pas un diagnostic. Elles prennent du sens quand on les replace dans l'ensemble de ce que l'enfant comprend et exprime.

Repérez :

  • ce que l'enfant comprend : prénom, consignes simples, questions du quotidien ;
  • ce qu'il dit, dans chaque langue et avec chaque interlocuteur ;
  • comment il se fait comprendre quand les mots manquent : gestes, regards, sons ;
  • si ses progrès avancent, même lentement, ou s'ils semblent s'arrêter.

Le mélange des langues, en particulier, est normal chez l'enfant bilingue. Voyez ce qui concerne le mélange des deux langues.

L'idée reçue et ce que disent les sources

L'idée est répandue : puisque l'enfant a deux langues à apprendre, il parlerait plus tard. Les organismes de référence ne la confirment pas. L'American Academy of Pediatrics et l'ASHA, l'association américaine des orthophonistes, indiquent que les problèmes de parole ou de langage ne sont pas causés par l'apprentissage de plusieurs langues. Les jalons sont les mêmes que pour les autres enfants : un premier mot vers 12 mois, deux mots associés à 24 mois.

L'Ordre des orthophonistes et audiologistes du Québec range lui aussi « parler plus tard » parmi les mythes, à condition que l'enfant soit exposé de façon adéquate aux deux langues dès la naissance.

Une nuance à connaître

La question n'est pourtant pas totalement close. Une revue de 66 études sur la parole (Hambly et al., 2013) conclut à des preuves limitées d'un rythme plus lent chez les enfants bilingues, avec des différences de qualité entre les études et une forte variabilité. Elle ajoute un point important : les enfants bilingues qui ont réellement un trouble seraient probablement moins souvent orientés vers un ou une orthophoniste.

Cette revue porte sur la parole et non sur tout le développement du langage. Elle ne permet pas de dire ce qu'il en est pour votre enfant. Elle rappelle surtout qu'on ne doit ni accuser le bilinguisme, ni écarter une difficulté en la mettant sur son compte.

Pourquoi on regarde l'ensemble des langues

Un enfant bilingue répartit ce qu'il apprend entre ses langues. Chez des enfants de 1 an 10 mois à 2 ans 6 mois issus de milieux favorisés, une étude (Hoff et al., 2012) observe que les enfants monolingues sont plus avancés langue par langue, mais que le vocabulaire total des bilingues est comparable. Vocabulaire et grammaire dépendent aussi de la part d'exposition à chaque langue. Là encore, ces conclusions viennent d'une étude menée dans un milieu précis.

L'American Academy of Pediatrics donne un exemple parlant : 25 mots dans une langue et 25 mots dans l'autre font 50 mots. Compter une seule langue donnerait une image trompeuse. C'est pourquoi un guide québécois juge essentiel d'évaluer un enfant bilingue dans ses deux langues d'usage, avec un interprète si l'orthophoniste ne maîtrise pas assez l'une d'elles.

Cela ne veut pas dire qu'il suffit d'attendre. Regarder l'ensemble des langues sert à mieux repérer ce qui est habituel, donc aussi ce qui ne l'est pas.

Les signes qui justifient un avis, sans attendre

L'Ordre québécois conseille de consulter dans trois situations :

  • le langage évolue peu malgré une exposition suffisante et soutenue pendant plusieurs mois ;
  • les échanges demandent beaucoup d'efforts à l'enfant ;
  • le quotidien ou l'école sont touchés.

S'y ajoutent deux repères de bon sens. Un enfant qui perd des mots qu'il disait auparavant justifie d'en parler rapidement à un médecin. Et votre inquiétude compte : elle mérite d'être prise au sérieux, même si l'enfant est bilingue. Ces situations sont détaillées pour un enfant bilingue parlant peu.

Au quotidien, ce qui aide un enfant qui tarde à parler

Gardez la langue familiale

Continuez à parler la langue que vous maîtrisez le mieux avec votre enfant. L'American Academy of Pediatrics déconseille d'arrêter la langue familiale, et l'ASHA encourage les familles à garder leurs langues, même si on leur a conseillé de les éviter. Un enfant dont les parents parlent français à la maison et qui entend la langue de l'école toute la journée a besoin d'entendre le français riche et varié du quotidien.

Comptez les mots dans toutes les langues

Notez les mots que l'enfant dit, quelle que soit la langue. Exemple : si un enfant dit un mot à la maison et un autre, pour la même chose, à l'école, notez les deux, avec le lieu et la personne.

Ne corrigez pas le mélange

Accueillez le mélange sans le reprendre ni le sanctionner : l'American Academy of Pediatrics le décrit comme normal, et vers 3 ans l'enfant sépare en général ses langues selon son interlocuteur. Un enfant qui glisse un mot de la langue de l'école dans une phrase en français se fait comprendre, c'est l'essentiel. Vous pouvez simplement reformuler la phrase en français.

Notez ce que vous observez avant un rendez-vous

Gardez quelques repères : depuis quand, dans quelle langue, avec qui, dans quelles situations. Vous pouvez noter, par exemple, qu'il parle volontiers à la maison et très peu ailleurs, ou qu'il comprend bien mais s'exprime peu. Ces notes aident le médecin ou l'orthophoniste à comprendre l'histoire des langues de l'enfant, bien mieux qu'un souvenir approximatif.

Vous souhaitez un avis pour votre enfant ?

Votre demande est d'abord étudiée : selon votre pays, les langues de votre enfant et les modalités possibles, elle pourra être présentée à un ou une orthophoniste partenaire.

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Le dépôt d'une demande ne constitue pas un rendez-vous et ne garantit pas l'obtention d'une place.

À qui parler d'un enfant bilingue qui tarde à parler

Si l'un de ces signes vous concerne, ou si vous restez inquiet ou inquiète, parlez-en sans attendre. Le premier interlocuteur est souvent le médecin de l'enfant. Dans le cadre français, la Haute Autorité de santé précise que le médecin recherche, dès la première consultation pour un problème de langage, la langue parlée à la maison et celle que l'enfant parle ou comprend.

Le parcours de soins, le rôle de l'école, les listes de professionnels et la prise en charge varient d'un pays à l'autre. Selon votre pays, interrogez le médecin sur place, l'école, le consulat ou votre assureur.

C'est l'orthophoniste, lors d'un bilan, qui peut dire s'il s'agit d'un décalage lié aux langues ou d'une difficulté de langage. Pour les repères généraux, voyez le retard de langage chez l'enfant. Pour la situation particulière des enfants plurilingues, les difficultés de langage chez l'enfant bilingue sont traitées à part.

Vivre hors de France n'interdit pas de chercher un avis francophone : voyez ce qu'un suivi orthophonique à l'étranger permet à distance et ce qui suppose une rencontre. Vous pouvez aussi déposer une demande : elle pourra être présentée aux orthophonistes partenaires qui acceptent des demandes, selon votre pays et votre besoin. Une demande n'est pas un rendez-vous, et la mise en relation dépend de leurs disponibilités.

Vous cherchez un rendez-vous pour votre enfant ?

Indiquez votre pays de résidence. Le motif est déjà proposé, vous pouvez le modifier.

Faire une demande de rendez-vous

Le dépôt d'une demande ne constitue pas un rendez-vous et ne garantit pas l'obtention d'une place.

Questions fréquentes

Un enfant bilingue parle-t-il plus tard ?

Pas de façon automatique. L'American Academy of Pediatrics et l'ASHA indiquent que les problèmes de parole ou de langage ne sont pas causés par l'apprentissage de plusieurs langues. Une revue de 66 études nuance toutefois : elle trouve des preuves limitées d'un rythme plus lent, avec beaucoup de variabilité.

Mon enfant bilingue parle tard : jusqu'à quand attendre ?

Attendre ne suffit pas si certains signes apparaissent. L'Ordre québécois conseille de consulter si le langage évolue peu malgré une exposition suffisante pendant plusieurs mois, si parler coûte beaucoup d'efforts à l'enfant ou si son quotidien ou l'école en pâtissent. Votre inquiétude suffit aussi pour en parler à un médecin.

Les enfants bilingues ont-ils un retard de parole ?

Le bilinguisme n'est ni un trouble ni une cause automatique de retard. Un enfant bilingue peut pourtant avoir une vraie difficulté, comme tout autre enfant. La revue de Hambly et ses collègues note même que ces enfants sont probablement moins souvent orientés vers un ou une orthophoniste.

Quels sont les repères pour un enfant qui grandit avec deux langues ?

Selon l'American Academy of Pediatrics, ils sont les mêmes que pour les autres enfants : un premier mot vers 12 mois, deux mots associés à 24 mois. On compte les mots de toutes les langues ensemble : 25 mots dans une langue et 25 dans l'autre font 50 mots.

Faut-il arrêter une langue si mon enfant parle peu ?

L'American Academy of Pediatrics déconseille d'arrêter la langue familiale, et l'ASHA encourage les familles à garder leurs langues. Le travail en orthophonie peut se faire dans cette langue ou avec un interprète. La décision se prend avec le médecin ou l'orthophoniste, pas en solitaire.

Rédaction Pass Éducation, mise à jour le 08/11/2026.