Regarder sa communication dans toutes ses langues
Chez un enfant qui grandit avec plusieurs langues, comparer chaque langue séparément à ce que font les autres enfants du même âge brouille souvent la vue. Il est plus juste de regarder la communication dans son ensemble, dans toutes les langues de l'enfant.
- Ce qu'il comprend : les consignes, les questions, les histoires, dans chacune de ses langues.
- Ce qu'il exprime : mots, gestes, sons, petites phrases, quelle que soit la langue employée.
- Où et avec qui il communique : à la maison, à l'école, avec les grands-parents, avec les amis.
- L'effort que cela lui demande : il cherche ses mots, se décourage, évite de parler.
- L'évolution : l'enfant progresse-t-il d'un mois à l'autre, ou la situation semble-t-elle figée ?
Ces notes décrivent ce que vous voyez, pas ce qui le cause : seul un bilan permet de comprendre ce qui se passe.
Ce qui peut expliquer qu'il parle peu
Parler plusieurs langues n'est pas un trouble et ne fait pas, à soi seul, qu'un enfant parle peu. Selon l'American Academy of Pediatrics et l'ASHA, l'association américaine d'orthophonie, les problèmes de parole ou de langage ne sont pas causés par l'apprentissage de plusieurs langues. Les jalons sont les mêmes que pour les autres enfants : un premier mot vers 12 mois, deux mots associés à 24 mois.
Un point change pourtant la lecture : le total de mots se compte toutes langues confondues. Un enfant qui dit 25 mots en anglais et 25 mots en espagnol en connaît 50. Une étude menée auprès d'enfants de 1 an 10 mois à 2 ans 6 mois, issus de milieux favorisés, montre que les enfants monolingues sont plus avancés langue par langue, mais que le vocabulaire total des enfants bilingues est comparable. Le vocabulaire et la grammaire dépendent aussi de la part d'exposition à chaque langue.
Concrètement, un enfant très peu exposé à l'une de ses langues aura peu de mots dans celle-ci, sans que cela dise quoi que ce soit de l'ensemble. À l'inverse, une communication restreinte dans toutes les langues se remarque davantage. Quand l'enfant comprend bien mais s'exprime peu, les pistes à explorer sont détaillées dans mon enfant comprend mais parle peu, quelle que soit la situation linguistique de la famille.
D'autres éléments peuvent jouer : l'audition, le tempérament, un changement récent de pays, de lieu de vie ou d'école, ou encore une difficulté de langage qui existerait aussi chez un enfant monolingue. Distinguer ces explications relève d'un avis professionnel ; pour l'audition, adressez-vous à un médecin.
Conseils concrets pour y voir plus clair
Quelques gestes simples aident à observer sans s'inquiéter à l'excès, et préparent une éventuelle demande.
Compter les mots dans toutes les langues
Il est utile de noter les mots que l'enfant dit, quelle que soit la langue, sur une seule liste, avec le lieu où chacun est employé : par exemple « eau » à la maison, « water » à l'école et « agua » chez sa grand-mère. Le total donne une image plus fidèle que chaque langue prise isolément.
Repérer les situations où il parle et celles où il se tait
Tenez quelques semaines un petit carnet : quand, avec qui, dans quelle langue. Par exemple, un enfant qui raconte volontiers sa journée en famille mais reste silencieux en classe donne une information précieuse : le contexte compte autant que la quantité de mots.
Garder les langues de la famille
L'American Academy of Pediatrics déconseille aussi d'arrêter la langue familiale, et précise qu'un ou une orthophoniste peut travailler dans cette langue ou avec un interprète. Par exemple, si l'on vous a conseillé de ne plus parler que la langue de l'école à la maison, vous pouvez en reparler avec le médecin ou l'orthophoniste. La question se pose souvent : voyez s'il faut arrêter une langue face aux difficultés.
Demander à l'école ce qu'elle observe
Demandez à l'enseignant ou à l'enseignante comment l'enfant communique avec les autres, en classe et en récréation, dans la langue de l'école. Par exemple, un enfant qui s'exprime peu devant l'adulte mais joue et échange volontiers avec ses camarades ne présente pas le même tableau qu'un enfant qui évite toute communication. Cet avis complète ce que vous voyez à la maison.
Vous souhaitez un avis pour votre enfant ?
Votre demande est d'abord étudiée : selon votre pays, les langues de votre enfant et les modalités possibles, elle pourra être présentée à un ou une orthophoniste partenaire.
Faire une demande concernant mon enfant
Le dépôt d'une demande ne constitue pas un rendez-vous et ne garantit pas l'obtention d'une place.
Trois situations où demander un avis
L'Ordre des orthophonistes et audiologistes du Québec classe l'idée qu'un enfant bilingue « parle plus tard » parmi les mythes, à condition que l'exposition aux deux langues soit adéquate dès la naissance. Il conseille de consulter dans trois situations :
- le langage évolue peu malgré une exposition suffisante et soutenue pendant plusieurs mois ;
- les échanges demandent beaucoup d'efforts à l'enfant ;
- le quotidien ou l'école sont touchés.
Si votre enfant perd des mots ou des capacités déjà acquis, parlez-en rapidement à un médecin. Pour une vue d'ensemble, le dossier enfant bilingue et difficultés de langage aide à comprendre la situation et à demander conseil. Dans tous les cas, une inquiétude qui dure mérite d'être partagée, sans attendre la certitude que la situation sort de l'ordinaire. Poser la question n'oblige pas à un suivi : l'avis peut aussi conclure qu'il n'y a pas lieu d'intervenir.
Préparer la question à poser, sur place ou à distance
Selon votre pays, le point d'entrée n'est pas le même. Le médecin de l'enfant sur place, l'école, le consulat ou votre assureur sont les bons interlocuteurs pour savoir comment se déroule une évaluation, qui la réalise et ce qui peut être pris en charge. Ces règles varient d'un pays à l'autre et il vaut mieux les demander directement.
Le consensus international CATALISE rappelle qu'un problème de langage se voit dans la ou les langues de la maison, et que le récit des parents aide quand une évaluation directe n'est pas faisable. Préparez donc, avant tout rendez-vous :
- les langues parlées à l'enfant, par qui et dans quelles situations ;
- les mots et phrases que vous avez notés, dans chaque langue ;
- vos observations sur les lieux et les personnes avec qui l'enfant parle ou se tait ;
- vos questions et ce qui vous inquiète précisément.
Cette préparation est détaillée dans les observations utiles au bilan d'un enfant bilingue. Pour savoir ce que peut offrir un suivi à distance depuis l'étranger, voyez ce qui dépend de chaque situation pour l'orthophonie à distance des familles expatriées.
Lorsque vous souhaitez demander l'avis d'un ou d'une orthophoniste francophone, vous pouvez déposer une demande décrivant votre situation. Selon votre pays et votre besoin, elle pourra être présentée aux orthophonistes partenaires qui acceptent des demandes. Une demande n'est pas un rendez-vous, et la mise en relation dépend des disponibilités.
Vous cherchez un rendez-vous pour votre enfant ?
Indiquez votre pays de résidence. Le motif est déjà proposé, vous pouvez le modifier.
Faire une demande de rendez-vous
Le dépôt d'une demande ne constitue pas un rendez-vous et ne garantit pas l'obtention d'une place.
Questions fréquentes
Mon enfant bilingue parle peu, est-ce normal ?
Selon l'American Academy of Pediatrics et l'ASHA, les problèmes de parole ou de langage ne sont pas causés par l'apprentissage de plusieurs langues, et les jalons sont les mêmes que chez les autres enfants : premier mot vers 12 mois, deux mots associés à 24 mois. Le total de mots se compte toutes langues confondues. Si la situation vous inquiète, notez ce que l'enfant comprend et dit dans chaque langue.
Quand consulter si mon enfant bilingue parle peu ?
L'Ordre québécois conseille de consulter si le langage évolue peu malgré une exposition suffisante et soutenue pendant plusieurs mois, si les échanges demandent beaucoup d'efforts ou si le quotidien ou l'école sont touchés. Une inquiétude qui persiste peut aussi justifier de poser la question.
Un avis d'orthophoniste est-il utile pour un enfant bilingue ?
Il peut aider à comprendre la situation, qu'elle débouche ou non sur un suivi. Un résultat obtenu dans une seule langue ne représente pas le langage global d'un enfant bilingue. Précisez donc à l'orthophoniste toutes les langues de l'enfant et la place de chacune.
Faut-il arrêter une langue pour aider mon enfant ?
L'association américaine de pédiatrie (American Academy of Pediatrics) déconseille d'arrêter la langue familiale. Un ou une orthophoniste peut travailler dans cette langue ou avec un interprète. Garder les langues de la famille ne s'oppose pas à un avis ou à un suivi.
Comment compter les mots d'un enfant bilingue ?
Additionnez les mots de toutes ses langues, sans les séparer. Par exemple, 25 mots dans une langue et 25 dans une autre font 50 mots. Ce total donne une image plus fidèle de son vocabulaire que chaque langue prise isolément.
Sources
- American Academy of Pediatrics (HealthyChildren.org) : 7 mythes et faits sur les enfants bilingues qui apprennent à parler
- Ordre des orthophonistes et audiologistes du Québec : apprendre plus d'une langue, le bilinguisme
- Hoff et al., 2012 : vocabulaire et grammaire d'enfants bilingues et monolingues (résumé)
- Bishop et al., 2016 : consensus international CATALISE sur les troubles du développement du langage
- ASHA : Bilingual Service Delivery
Rédaction Pass Éducation, mise à jour le 08/11/2026.