Ce que l'on sait du bilinguisme et du langage
Les références sont nettes sur un point : le bilinguisme n'est pas un trouble. Pour le collège britannique des orthophonistes (RCSLT), il ne cause pas les troubles de la parole et du langage. L'American Academy of Pediatrics et l'association américaine ASHA indiquent aussi que ces problèmes ne viennent pas de l'apprentissage de plusieurs langues. Le consensus international CATALISE juge que grandir avec plus d'une langue ne pose pas de problème à de nombreux enfants.
Bilinguisme et retard de langage ne vont donc pas de pair. Un enfant bilingue peut présenter, comme tout enfant, un retard de parole ou de langage, et seul un bilan permet de le dire. Le RCSLT signale d'ailleurs qu'un mauvais diagnostic reste un risque.
Deux langues font-elles parler plus tard ?
Les sources ne disent pas tout à fait la même chose. L'American Academy of Pediatrics et l'ASHA classent l'idée de « parler plus tard » parmi les mythes : les jalons sont les mêmes (premier mot vers 12 mois, deux mots associés à 24 mois). L'Ordre des orthophonistes et audiologistes du Québec fait de même, à condition d'une exposition adéquate aux deux langues dès la naissance.
Une revue de 66 études sur la parole (Hambly et al., 2013) est plus nuancée. Elle trouve des preuves limitées d'un rythme plus lent chez les enfants bilingues, avec des différences de qualité entre les études et une forte variabilité. Elle ajoute que les enfants bilingues ayant un trouble sont probablement moins souvent orientés vers une consultation. Mieux vaut donc ne pas tout expliquer par les langues. Ces nuances sont reprises à propos de l'enfant bilingue qui parle tard.
Compter les mots de toutes les langues
L'American Academy of Pediatrics et l'ASHA indiquent que le total de mots, toutes langues comptées, est comparable : 25 mots dans une langue et 25 dans une autre font 50 mots. Une étude auprès d'enfants de 1 an 10 mois à 2 ans 6 mois, de milieux favorisés (Hoff et al., 2012), trouve les monolingues plus avancés langue par langue, mais un vocabulaire total comparable chez les bilingues. Vocabulaire et grammaire y sont liés à la part d'exposition à chaque langue.
Pour le RCSLT, l'influence d'une langue sur l'autre, le passage de l'une à l'autre et la perte d'une langue sont normaux. Face à un enfant qui change de langue au milieu d'une phrase, vous trouverez comment réagir au mélange des langues au quotidien.
Ce qui mérite un avis, quelle que soit la langue
Demander un avis ne remet pas en cause vos choix de langues. L'Ordre québécois conseille de consulter dans trois situations :
- le langage évolue peu malgré une exposition suffisante et soutenue plusieurs mois ;
- les échanges demandent beaucoup d'efforts ;
- le quotidien ou l'école sont touchés.
Les signes à regarder et le moment de demander un avis sont détaillés pour un enfant bilingue qui parle peu.
Le consensus CATALISE apporte un autre repère : un problème de langage se voit dans la ou les langues de la maison. Un enfant à l'aise à la maison qui cherche ses mots dans la langue de l'école ne raconte donc pas la même chose qu'un enfant en difficulté dans toutes ses langues. Cette différence ne permet pas de conclure seule. Quand un enfant parle peu à l'école étrangère, plusieurs pistes sont à distinguer, avec les personnes à interroger.
Votre inquiétude compte aussi. La brochure française de repérage des troubles du neurodéveloppement demande de prendre en considération toute inquiétude des parents, tout en rappelant qu'un signe isolé n'a pas de valeur prédictive. Elle considère une régression comme un signe d'alerte majeur : un enfant qui perd ce qu'il savait dire ou comprendre, et pas seulement dans une langue, justifie d'en parler rapidement à un médecin.
Une difficulté n'impose pas non plus de renoncer à une langue. L'American Academy of Pediatrics déconseille d'arrêter la langue familiale, et l'ASHA encourage les familles à garder leurs langues. Les arguments sont réunis autour d'une question : faut-il arrêter une langue ?
Vous souhaitez un avis pour votre enfant ?
Votre demande est d'abord étudiée : selon votre pays, les langues de votre enfant et les modalités possibles, elle pourra être présentée à un ou une orthophoniste partenaire.
Faire une demande concernant mon enfant
Le dépôt d'une demande ne constitue pas un rendez-vous et ne garantit pas l'obtention d'une place.
Raconter l'histoire linguistique de votre enfant
Un enfant qui entend deux langues depuis la naissance n'a pas la même histoire qu'un enfant qui découvre la langue de l'école depuis quelques mois. Ce récit ne conclut rien, mais il aide le médecin et l'orthophoniste à lire la situation. Le consensus CATALISE note que le récit des parents aide quand une évaluation directe n'est pas faisable.
Notez, avec vos mots :
- Les langues : celles de la maison, de l'école et des proches, et celles que votre enfant parle ou comprend.
- L'âge d'exposition : l'âge auquel chaque langue est arrivée dans sa vie.
- Les contextes : qui lui parle quelle langue, où et à quels moments.
- La durée : depuis combien de temps chaque langue est présente, et les périodes d'arrêt ou de changement (déménagement, nouvelle école).
- Le développement : ses premiers mots, dans quelle langue, et ce qui vous inquiète aujourd'hui.
Ce récit compte parce qu'un résultat obtenu dans une seule langue ne représente jamais le langage global d'un enfant bilingue, selon un guide québécois sur l'évaluation orthophonique. Ce document juge essentiel d'évaluer l'enfant dans ses deux langues d'usage, et prévoit un interprète si l'orthophoniste ne maîtrise pas assez l'une d'elles. Les langues, les observations et les documents utiles sont détaillés à propos du bilan orthophonique bilingue.
Pour un enfant qui comprend le français sans le parler, les repères partent aussi de ce récit. Une étude sur 1 899 familles (De Houwer, 2007) lie l'usage de la langue minoritaire par l'enfant aux pratiques des parents : la situation se lit donc aussi à travers ses occasions de parler français.
Vers qui se tourner, sur place ou à distance
Le premier interlocuteur dépend de votre pays et de ce que vous observez.
Le médecin
Selon la Haute Autorité de santé (HAS), à la première consultation pour un problème de langage, le médecin recherche un bilinguisme : langue parlée à la maison, langue parlée ou comprise par l'enfant. Hors de France, donnez ces informations de vous-même et demandez si l'audition doit être vérifiée. Le ministère des Affaires étrangères indique qu'une liste de médecins francophones figure sur les sites des consulats. Selon votre pays, le médecin sur place pourra dire si une prescription est nécessaire pour consulter.
L'école
L'équipe enseignante voit votre enfant dans la langue de l'école. Demandez-lui ce qu'elle observe : compréhension des consignes, échanges avec les autres, évolution dans le temps. Ce regard peut ne porter que sur une seule langue et ne remplace pas un bilan. Selon votre pays, l'école peut aussi indiquer les démarches locales.
Un ou une orthophoniste
Le nom du métier change d'un pays à l'autre : speech-language pathologist, speech and language therapist, logopède, logopédiste. Mieux vaut le connaître pour chercher. Trouver un ou une orthophoniste bilingue dans les langues de votre enfant n'est pas toujours possible : demandez alors comment chaque langue sera prise en compte. Ce qui peut se faire ou non à distance, pour un enfant qui vit hors de France, est détaillé à propos de l'orthophonie pour un enfant expatrié.
La convention française des orthophonistes a ses propres limites : les bilans initiaux ne peuvent pas être réalisés en télésoin, et il faut au moins un acte ou bilan en présentiel dans les douze mois précédents, sauf cas particulier après une hospitalisation. Un autre pays peut en décider autrement. Selon votre pays, interrogez le médecin sur place et votre assureur sur les soins à distance et leur remboursement.
Préparer une demande
Vous n'avez pas besoin d'un dossier complet pour décrire votre situation. Réunissez :
- l'âge de votre enfant, le pays où vous vivez et la langue de l'école ;
- son histoire linguistique, même résumée en quelques lignes ;
- quelques exemples de ce que vous observez, en précisant la langue ;
- ce que disent le médecin et l'école, et les documents déjà disponibles ;
- votre question principale : comprendre la situation, savoir si un bilan paraît utile, préparer un relais ;
- les langues dans lesquelles vous souhaitez échanger.
Une fois ces éléments réunis, vous pouvez déposer une demande d'orthophonie. Elle ne vaut ni rendez-vous ni bilan, et son dépôt ne garantit pas l'obtention d'un rendez-vous. Ce qui relève de la prise en charge et des démarches locales dépend de votre pays : le médecin sur place, l'école, le consulat et votre assureur restent les bons interlocuteurs pour le vérifier.
Vous cherchez un rendez-vous pour votre enfant ?
Indiquez votre pays de résidence. Le motif est déjà proposé, vous pouvez le modifier.
Faire une demande de rendez-vous
Le dépôt d'une demande ne constitue pas un rendez-vous et ne garantit pas l'obtention d'une place.
Questions fréquentes
Le bilinguisme peut-il provoquer un retard de langage ?
Non, selon le RCSLT, l'organisation britannique des orthophonistes, l'American Academy of Pediatrics et l'ASHA, l'association américaine d'orthophonie, qui ne retiennent pas le bilinguisme comme cause des troubles de la parole et du langage. Un enfant bilingue peut néanmoins avoir une difficulté, comme n'importe quel enfant. Seul un bilan permet de la décrire, en regardant toutes ses langues.
Comment savoir si mon enfant bilingue a un retard de langage ?
Un simple décompte de mots ne suffit pas, surtout dans une seule langue. Regardez comment le langage évolue au fil des mois, et ce que cela change à la maison et à l'école. En cas de doute, parlez-en à un médecin ou à un ou une orthophoniste, en racontant son histoire linguistique.
Retard de langage chez un enfant bilingue : faut-il attendre ?
Mieux vaut ne pas attendre si le langage évolue peu malgré plusieurs mois d'exposition soutenue, repère donné par l'Ordre québécois. La revue de Hambly et de ses collègues note aussi que les enfants bilingues ayant un trouble sont probablement moins souvent orientés. Demander un avis ne remet pas en cause vos langues et ne conduit pas forcément à des séances.
Faut-il chercher un ou une orthophoniste bilingue ?
C'est un atout possible, pas une condition. Un guide québécois demande d'évaluer l'enfant dans ses deux langues d'usage, au besoin avec un interprète si l'orthophoniste ne maîtrise pas assez l'une d'elles. Demandez dès le premier contact quelles langues sont pratiquées.
Comment l'orthophonie tient-elle compte du bilinguisme ?
Un guide québécois sur l'évaluation orthophonique décrit un recueil fait avec les parents : profil familial, développement, exposition à chaque langue et contextes d'usage. Les résultats se lisent ensuite à la lumière de cette histoire, car un résultat dans une seule langue ne résume pas le langage de l'enfant. Un bilan ne débouche pas automatiquement sur des séances.
Sources
- American Academy of Pediatrics et ASHA, HealthyChildren.org : mythes et faits sur les enfants bilingues
- Ordre des orthophonistes et audiologistes du Québec : apprendre plus d'une langue, le bilinguisme
- Hambly et al., 2013 : revue de 66 études sur la parole des enfants bilingues (PubMed)
- Guide québécois sur l'évaluation orthophonique des enfants en situation de bilinguisme (mars 2022)
- ASHA : Bilingual Service Delivery
Rédaction Pass Éducation, mise à jour le 08/11/2026.
