Ce que l'orthophonie apporte face à une maladie neurodégénérative
Une maladie neurodégénérative atteint peu à peu certaines fonctions du cerveau. Selon la maladie et son stade, la mémoire, l'attention, la parole, la voix ou la déglutition peuvent être touchées. Les difficultés varient beaucoup d'une personne à l'autre et ne suivent pas le même rythme.
L'orthophoniste n'agit pas sur la maladie elle-même. L'orthophoniste s'intéresse à ses conséquences sur la communication et sur l'alimentation. L'orthophoniste cherche à identifier ce qui reste solide, à soutenir ce qui peut l'être et à proposer des moyens de compenser ce qui devient difficile. L'objectif est de maintenir le plus longtemps possible les échanges avec les proches et la sécurité des repas, sans promesse de résultat : l'évolution dépend de la maladie.
Seul un médecin pose le diagnostic de la maladie. L'orthophoniste établit un diagnostic orthophonique : l'orthophoniste décrit les difficultés de langage, de parole ou de déglutition et décide des soins à mettre en œuvre.
Maladie d'Alzheimer : le langage et la communication au quotidien
Dans la maladie d'Alzheimer, les troubles de la mémoire sont au premier plan, mais le langage peut aussi se modifier. Les personnes concernées signalent souvent des difficultés qui se répercutent sur les conversations :
- un mot qui ne vient pas, remplacé par un autre ou par une périphrase ;
- des phrases qui s'interrompent ou perdent leur fil ;
- des questions répétées dans la même conversation ;
- une compréhension plus difficile quand les consignes sont longues ou les interlocuteurs nombreux.
Ces signes ne suffisent pas à conclure à une maladie. Ils peuvent avoir d'autres causes (fatigue, trouble de l'audition, effet d'un médicament, épisode dépressif). C'est pourquoi une consultation médicale reste la première étape.
Quand une rééducation est prescrite, l'orthophoniste s'appuie sur un bilan pour choisir ses exercices. L'orthophoniste peut travailler la recherche de mots, l'organisation du discours, la compréhension ou l'attention pendant les échanges. L'orthophoniste peut aussi mettre en place des repères concrets : un carnet de communication, des supports visuels, des routines qui facilitent la prise de parole.
Une part importante du travail concerne l'entourage. L'orthophoniste montre aux proches comment adapter leur manière de parler : phrases courtes, une seule question à la fois, temps laissé pour répondre, ton calme. Ces ajustements allègent souvent les tensions et préservent la qualité de la relation.
Maladie de Parkinson : la voix, la parole et la déglutition
Dans la maladie de Parkinson, ce sont d'abord les aspects moteurs de la parole qui sont concernés. La voix peut devenir faible, monotone ou rauque. L'articulation peut perdre en précision, le débit peut changer et la personne peut se sentir moins comprise, notamment dans le bruit ou au téléphone. Le visage devient parfois moins expressif, ce qui complique aussi la communication.
L'orthophoniste évalue ces difficultés et propose des exercices portant sur la voix, la respiration, l'articulation et le rythme de la parole. Un travail régulier, associé à des exercices pratiqués entre les séances, vise à garder une voix audible et une parole intelligible le plus longtemps possible.
La déglutition peut elle aussi être concernée, parfois sans que la personne s'en rende compte au début. Des toux pendant les repas, une voix mouillée après avoir bu, des repas qui s'allongent ou une perte de poids sont des signaux à signaler à un médecin. L'orthophoniste peut alors proposer un bilan, conseiller des postures et des adaptations de textures ou de gestes, en lien avec le médecin et les autres soignants. Sur ce sujet, le rôle de l'orthophonie dans les troubles de la déglutition est détaillé à part.
À savoir : si une personne s'étouffe, devient brusquement incapable de parler, ou présente une bouche déformée, une faiblesse d'un côté du corps ou une difficulté soudaine à s'exprimer, il peut s'agir d'un AVC. Il faut alors appeler le 15 sans attendre.
Situations concernées et signes qui amènent à consulter
Plusieurs situations conduisent à parler d'orthophonie, que la maladie soit déjà diagnostiquée ou que des doutes existent :
- la personne ou ses proches remarquent que la parole, la voix ou le langage ont changé ;
- les conversations deviennent épuisantes ou sont évitées ;
- les repas deviennent difficiles, avec des toux ou des fausses routes ;
- le médecin ou l'équipe de soins signale une difficulté de communication ou d'alimentation ;
- un proche se demande comment mieux échanger avec la personne.
D'autres maladies neurologiques, comme les suites d'un AVC, peuvent provoquer des difficultés voisines. Un trouble observé n'est jamais un diagnostic : seul un bilan, appuyé sur l'avis du médecin, permet de comprendre ce qui se passe.
Démarches possibles : du médecin au bilan, puis aux séances
En cabinet libéral, l'orthophoniste pratique son art sur prescription médicale. Le médecin traitant, le neurologue ou le gériatre peuvent donc prescrire un bilan orthophonique. Cette ordonnance peut préciser l'orientation : un bilan avec rééducation si nécessaire, ou un bilan d'investigation. L'accès sans ordonnance existe dans certaines structures seulement (établissements de santé, établissements médico-sociaux, maisons de santé, centres de santé, CPTS sous conditions). Les règles sont expliquées en détail dans la rubrique ordonnance et accès direct.
Le bilan des troubles d'origine neurologique évalue les capacités de la personne. Il aboutit à un compte rendu qui décrit les difficultés et, si des séances sont indiquées, leurs objectifs, leur nombre et leur nature. Le déroulement d'une évaluation chez la personne âgée ou malade est décrit dans le bilan orthophonique chez l'adulte.
Pour les pathologies neuro-dégénératives, la nomenclature prévoit des séances de l'ordre de 45 minutes, sans pouvoir être inférieures à 30 minutes. La première série comporte 50 séances. Elle est renouvelable par séries de 50 au maximum, avec une note d'évolution adressée au médecin prescripteur. Ces repères encadrent la prise en charge, mais le rythme réel dépend des besoins, de la fatigue de la personne et de l'avis de l'orthophoniste.
Prise en charge financière
L'Assurance maladie rembourse les actes d'orthophonie à 60 % de la base de remboursement. Le reste peut être pris en charge par la complémentaire santé, hors franchise médicale. Cette franchise est de 1 € par acte paramédical, avec un maximum de 4 € par jour.
Si le médecin a inscrit ces soins dans le protocole de soins d'une affection de longue durée exonérante, la personne bénéficie d'un remboursement à 100 % de la base de remboursement pour les soins liés à cette affection. Cela relève de la situation de chaque patient et de la décision du médecin : il vaut mieux lui poser la question.
Séances à distance ou à la maison
Quand les déplacements deviennent pénibles, deux pistes existent. Certains orthophonistes se déplacent chez le patient (voir orthophoniste à domicile). Le télésoin, par vidéo, est aussi possible pour la plupart des actes, à l'exception des bilans initiaux. Il suppose un premier soin en présence du patient dans les douze mois précédents, une prescription médicale et un ou une orthophoniste du même territoire que le patient. Il convient quand l'état de la personne et son entourage le permettent : la décision se prend avec elle.
Qui fait quoi : l'orthophoniste et les autres professionnels
L'accompagnement d'une maladie neurodégénérative est collectif. Chaque professionnel a son rôle :
- Le médecin traitant, le neurologue ou le gériatre posent le diagnostic, suivent l'évolution, ajustent les traitements et prescrivent les soins.
- L'orthophoniste évalue et accompagne la communication, la voix, la parole et la déglutition.
- Le kinésithérapeute travaille la motricité, l'équilibre et la marche.
- L'ergothérapeute adapte le domicile et les gestes de la vie quotidienne.
- Le psychologue ou le neuropsychologue évalue la mémoire et soutient la personne et ses proches.
- Le diététicien et les équipes soignantes veillent à l'alimentation et à la nutrition quand la déglutition se complique.
L'orthophoniste adresse ses comptes rendus au médecin et peut orienter vers un autre professionnel quand une difficulté dépasse son champ. Ce dialogue permet à chacun d'ajuster son action à l'évolution de la maladie.
Conseils pratiques pour les proches
Les gestes du quotidien comptent autant que les séances. Quelques repères sont utiles, à adapter avec l'orthophoniste :
- se placer face à la personne, à sa hauteur, et couper les sources de bruit avant de parler ;
- utiliser des phrases courtes et poser une seule question à la fois ;
- laisser du temps pour répondre, sans finir les phrases à sa place ;
- proposer un choix entre deux réponses plutôt qu'une question ouverte ;
- s'appuyer sur les gestes, les images ou les objets pour faciliter la compréhension ;
- pendant les repas, installer la personne bien droite, dans le calme, et signaler au médecin toute toux ou difficulté répétée ;
- garder les exercices de voix proposés dans la durée, par petites séances régulières, dans le cas de la maladie de Parkinson.
Accompagner une personne malade est éprouvant. Il est légitime de demander du soutien pour soi-même, auprès du médecin, des associations ou des professionnels. D'autres conseils concrets figurent dans la rubrique pour aider un proche.
Chercher un ou une orthophoniste
Les disponibilités des orthophonistes sont variables selon les secteurs, et certains cabinets ne prennent pas de nouveaux patients. Pour une personne ou un proche qui cherche un ou une orthophoniste, il est possible de déposer une demande une seule fois. Selon le secteur et le besoin, elle pourra être présentée aux orthophonistes partenaires qui acceptent des demandes. Le dépôt d'une demande ne constitue pas un rendez-vous et n'en garantit pas l'obtention : tout dépend des orthophonistes et de leurs disponibilités.
Questions fréquentes
Est-ce qu'un ou une orthophoniste peut aider dans la maladie d'Alzheimer ?
Oui, il peut évaluer les difficultés de langage et de communication, proposer des exercices adaptés et enseigner à l'entourage des façons d'échanger plus facilement. Il n'agit pas sur la maladie elle-même et ne peut pas promettre de résultat. L'accompagnement s'adapte à l'évolution de la personne.
Que fait l'orthophoniste pour la maladie de Parkinson ?
Il travaille la voix, la respiration, l'articulation et le rythme de la parole pour aider la personne à rester comprise. Il peut aussi évaluer la déglutition et conseiller des postures ou des adaptations pour les repas. Les exercices sont à poursuivre régulièrement entre les séances.
Faut-il une ordonnance pour consulter un ou une orthophoniste dans ce cas ?
En cabinet libéral, l'orthophoniste exerce sur prescription médicale : le médecin traitant, le neurologue ou le gériatre peuvent la rédiger. L'accès sans ordonnance concerne seulement certaines structures, comme les établissements de santé ou les maisons de santé.
Les séances d'orthophonie sont-elles remboursées ?
L'Assurance maladie rembourse les actes d'orthophonie à 60 % de la base de remboursement, et la complémentaire santé peut prendre en charge le reste, hors franchise. En cas d'affection de longue durée exonérante dont le protocole de soins inclut ces soins, le remboursement est de 100 % de la base.
Peut-on faire les séances à la maison ou en visio ?
Certains orthophonistes se déplacent à domicile. Le télésoin par vidéo est aussi possible pour la plupart des actes, sauf les bilans initiaux, après un premier soin en présence du patient dans les douze mois. Il doit être prescrit et décidé avec la personne.
Quels signes doivent faire consulter rapidement ?
Des toux ou un étouffement pendant les repas, une voix mouillée après avoir bu ou une perte de poids justifient d'en parler vite au médecin. Une difficulté soudaine à parler, une bouche déformée ou une faiblesse d'un côté du corps peuvent signaler un AVC : appelez le 15.
Sources
Rédaction Pass Éducation, mise à jour le 08/11/2026.