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Aphasie après un AVC : la rééducation orthophonique

Après un AVC, parler, comprendre ou trouver ses mots peut devenir soudain très difficile. Ce trouble s'appelle l'aphasie, et il touche la communication, pas l'intelligence. L'orthophoniste joue un rôle central dans sa rééducation, avec le médecin et l'entourage.

En bref

L'aphasie est un trouble acquis du langage, le plus souvent causé par un AVC : la personne a du mal à parler, à comprendre, à lire ou à écrire, sans que son intelligence soit en cause. La rééducation orthophonique, prescrite par un médecin après un bilan, vise à améliorer la communication ou à la compenser. Elle s'adapte à chaque personne.

Aphasie : définition et ce que cela change

L'aphasie est une perte ou une altération du langage causée par une lésion du cerveau, dans les zones qui gèrent la parole et la compréhension. Le mot lui-même signifie « absence de parole », mais la réalité est plus nuancée : selon les personnes, c'est l'expression, la compréhension, la lecture, l'écriture, ou plusieurs de ces aspects à la fois, qui sont touchés.

Une idée reçue est à écarter d'emblée : une personne aphasique n'a pas perdu son intelligence, sa mémoire de sa vie ni sa capacité à ressentir et à décider. Elle sait souvent très bien ce qu'elle veut dire. Ce sont les mots, la construction des phrases ou la compréhension de ce qu'on lui dit qui font obstacle.

Dans la classification internationale des maladies (CIM-10), l'aphasie figure parmi les symptômes liés à l'atteinte du langage. Elle se distingue de la dysarthrie, qui touche l'articulation des sons et la force de la voix, alors que le langage lui-même est préservé. Les deux troubles peuvent exister ensemble après un AVC, et seul un bilan permet de faire la part des choses.

Causes et formes d'aphasie

La cause la plus fréquente est l'accident vasculaire cérébral (AVC), lorsque la zone touchée se trouve dans l'hémisphère qui commande le langage. D'autres atteintes du cerveau peuvent aussi provoquer une aphasie : un traumatisme crânien, une tumeur, une infection ou une maladie neurologique évolutive. La cause détermine en partie l'évolution, c'est pourquoi le médecin la précise toujours en premier.

On décrit plusieurs formes d'aphasie. Ces appellations servent de repères, mais les tableaux réels sont souvent mixtes et varient d'une personne à l'autre.

FormeCe qui est le plus touché
Aphasie de BrocaL'expression : parole difficile, phrases courtes et hachées, compréhension relativement préservée
Aphasie de WernickeLa compréhension : la parole est fluide mais peut contenir des mots déformés ou inadaptés
Aphasie anomiqueLe manque du mot : la personne parle de façon fluide mais cherche souvent le terme précis
Aphasie globaleL'expression et la compréhension, de façon importante

Ces formes ne se diagnostiquent pas à distance ni à partir d'une description. Elles sont identifiées par l'orthophoniste et le médecin à l'issue d'un examen du langage.

Situations concernées : reconnaître l'aphasie au quotidien

L'aphasie s'installe le plus souvent brutalement, au moment de l'AVC. Elle peut aussi apparaître progressivement lorsque la cause est une tumeur ou une maladie évolutive. Dans la vie de tous les jours, elle peut se manifester de plusieurs façons :

  • chercher ses mots sans les trouver, ou remplacer un mot par un autre ;
  • parler avec des phrases très courtes, ou au contraire avec un flot de mots qui n'a pas de sens clair ;
  • ne pas comprendre une consigne, une question ou une conversation à plusieurs ;
  • avoir du mal à lire un courrier, à écrire un message ou à utiliser un téléphone ;
  • s'épuiser vite lors d'un échange, surtout dans le bruit ou quand plusieurs personnes parlent.

Ces difficultés ont des conséquences concrètes : isolement, découragement, perte de confiance, tension avec les proches. Elles concernent la personne atteinte comme son entourage, qui doit réapprendre à communiquer autrement.

Démarches possibles après un AVC

Les signes d'un AVC sont une urgence. Un visage qui s'affaisse, un bras qui n'a plus de force, une parole soudain confuse ou impossible : il faut appeler le 15 sans attendre. L'orthophonie intervient plus tard, une fois la phase aiguë prise en charge.

Dans la majorité des cas, la personne est d'abord hospitalisée. L'équipe médicale repère les troubles du langage et peut demander l'intervention d'un ou une orthophoniste dès l'hôpital. À la sortie, ou lorsque l'aphasie apparaît sans hospitalisation, les démarches suivent généralement ces étapes :

  1. Consulter le médecin traitant ou le médecin qui suit la personne, qui évalue la situation et recherche la cause.
  2. Obtenir une prescription pour un bilan orthophonique. En cabinet libéral, l'orthophoniste exerce sur prescription médicale. L'accès direct sans ordonnance existe, mais il concerne des cadres précis : établissements de santé, établissements et services sociaux et médico-sociaux, structures d'exercice coordonné. Les règles sont détaillées dans la page sur l'ordonnance et l'accès direct.
  3. Réaliser le bilan, qui fait le point sur ce qui est touché et ce qui est préservé. Le déroulement est présenté dans l'article sur le bilan orthophonique chez l'adulte.
  4. Débuter la rééducation si le bilan le justifie, avec des objectifs fixés pour la personne.

Trouver une place peut prendre du temps. Si vous cherchez un ou une orthophoniste pour vous ou pour un proche, vous pouvez déposer une demande une seule fois : selon votre secteur et votre besoin, elle pourra être présentée aux orthophonistes partenaires qui acceptent des demandes. Le dépôt d'une demande ne garantit pas l'obtention d'un rendez-vous.

La place de l'orthophoniste et des autres professionnels

L'orthophoniste établit en autonomie son diagnostic orthophonique et décide des soins à mettre en œuvre. Après l'AVC, son travail porte sur plusieurs axes, choisis selon le bilan :

  • stimuler la production des mots et des phrases, à l'oral comme à l'écrit ;
  • travailler la compréhension, en partant de situations proches de la vie réelle ;
  • mettre en place des moyens de compensation : gestes, dessins, supports écrits, classeurs de communication, outils numériques ;
  • aider la personne à reprendre confiance dans les échanges ;
  • conseiller les proches sur la façon d'adapter leur manière de parler.

L'objectif n'est pas le même pour tous. Pour certains, il s'agit de retrouver une parole aussi fonctionnelle que possible. Pour d'autres, c'est de trouver un moyen de se faire comprendre, même si la parole reste limitée. Aucun résultat ne peut être promis à l'avance, car l'évolution dépend de la lésion, de la personne et de son contexte.

L'orthophoniste travaille rarement seule. Le médecin traitant et le neurologue suivent la cause et l'état général. Le kinésithérapeute et l'ergothérapeute interviennent sur la motricité et l'autonomie. Le psychologue peut soutenir la personne et sa famille face au choc de l'AVC. Les troubles de la déglutition, fréquents après un AVC, relèvent aussi de l'orthophonie : ils sont traités dans la page sur les troubles de la déglutition.

Prise en charge et remboursement

Les actes d'orthophonie sont remboursés à 60 % par l'Assurance maladie, sur la base du tarif conventionnel en métropole. La complémentaire santé peut prendre en charge le reste, à l'exception de la franchise médicale.

Pour les pathologies neurologiques, la nomenclature prévoit une première série de 50 séances, renouvelable par séries de 50 au maximum, avec une note d'évolution adressée au médecin prescripteur. Une séance dure de l'ordre de 45 minutes, sans pouvoir être inférieure à 30 minutes. Le bilan initial est prescrit par le médecin, et l'orthophoniste fixe ensuite, dans son compte rendu, le nombre et la nature des séances.

Si l'AVC a donné lieu à une affection de longue durée (ALD) exonérante, les soins prévus au protocole de soins sont pris en charge à 100 % de la base de remboursement. Le médecin décide des soins qu'il inscrit à ce protocole : il est utile de lui demander si l'orthophonie y figure.

Lorsque la personne ne peut pas se déplacer, une séance à domicile est parfois possible : voir la page sur l'orthophoniste à domicile. Le télésoin par vidéo existe aussi, sous conditions : l'orthophoniste doit avoir réalisé un premier soin en présence du patient dans les douze mois précédents, et le recours à la vidéo relève d'une décision partagée avec le patient.

Conseils pratiques pour communiquer avec un proche aphasique

L'entourage a un rôle important, car la communication se joue à chaque moment de la journée et pas seulement pendant les séances. Quelques habitudes aident beaucoup :

  • Réduire le bruit. Éteignez la télévision ou la radio, et parlez de préférence à une seule personne à la fois.
  • Parler simplement. Utilisez des phrases courtes et une idée à la fois, sans hausser la voix : la personne n'est pas sourde.
  • Laisser du temps. Ne finissez pas les phrases à sa place trop vite. Attendez, puis proposez de l'aide si elle la demande.
  • Utiliser tous les supports. Gestes, photos, dessins, papier et stylo, objets du quotidien : tout moyen est bon pour se comprendre.
  • Poser des questions fermées. Des questions auxquelles on répond par oui ou non, ou par un choix entre deux options, sont plus faciles qu'une question ouverte.
  • Ne pas infantiliser. Parlez comme à un adulte, associez la personne aux décisions qui la concernent.
  • Prendre soin de soi. Accompagner un proche aphasique est éprouvant. Parlez de votre fatigue au médecin ou à l'équipe qui suit votre proche.

Pour le quotidien, des repères adaptés aux aidants expliquent comment accompagner un proche qui a du mal à parler. En cas de doute sur l'évolution ou sur l'adaptation des soins, c'est toujours le médecin et l'orthophoniste qui suit la personne qui peuvent répondre.

Questions fréquentes

Quelle est la définition de l'aphasie ?

L'aphasie est un trouble du langage acquis, dû à une lésion du cerveau, le plus souvent après un AVC. Elle peut toucher la parole, la compréhension, la lecture et l'écriture. Elle n'altère pas l'intelligence de la personne.

Quelles sont les causes de l'aphasie ?

La cause la plus fréquente est l'AVC. Un traumatisme crânien, une tumeur, une infection du cerveau ou une maladie neurologique évolutive peuvent aussi en être responsables. Seul le médecin peut établir la cause dans chaque situation.

Quelle est la différence entre l'aphasie de Broca et de Wernicke ?

Dans l'aphasie de Broca, l'expression est surtout touchée : la parole est difficile et hachée, alors que la compréhension est en grande partie conservée. Dans l'aphasie de Wernicke, c'est la compréhension qui est atteinte, avec une parole fluide mais parfois inadaptée. Un bilan permet de préciser le tableau.

Qu'est-ce que l'aphasie anomique ?

C'est une forme d'aphasie où le manque du mot domine. La personne parle de façon fluide et comprend bien, mais cherche souvent le mot juste ou le remplace par une périphrase. La rééducation orthophonique travaille notamment l'accès aux mots.

Faut-il une ordonnance pour voir un ou une orthophoniste après un AVC ?

En cabinet libéral, l'orthophoniste exerce sur prescription médicale, et le bilan est prescrit par un médecin. L'accès direct sans ordonnance existe dans certains cadres seulement, comme les établissements de santé ou les structures d'exercice coordonné. Le médecin traitant reste le bon premier interlocuteur.

L'orthophonie pour l'aphasie est-elle remboursée ?

Oui, les actes d'orthophonie sont remboursés à 60 % par l'Assurance maladie sur la base du tarif conventionnel en métropole. La complémentaire santé peut prendre en charge le reste, sauf la franchise. En cas d'ALD exonérante, les soins inscrits au protocole de soins sont pris en charge à 100 % de la base de remboursement.

Rédaction Pass Éducation, mise à jour le 08/11/2026.