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Vendredi 2 octobre 2020… Une date que nous ne pourrons jamais rayer de nos mémoires. | Témoignage pour le maintien de l’IEF en 2021

Vendredi 2 octobre 2020… Une date que nous ne pourrons jamais rayer de nos mémoires. Une journée qui semblait avoir commencé comme une autre, et pourtant…

Nous vaquions à nos activités, L. et moi venions de passer une partie de la matinée à faire de la pâte à modeler, à jouer avec les lettres mobiles… A apprendre par le plaisir et par le jeu, comme d’habitude. Nous recevons un message contenant un extrait vidéo d’une intervention du Président Macron. Ma belle-sœur, en nous l’envoyant, s’interroge sur la réalité de tout ce cirque médiatique. L. est à côté de nous. Lorsque les mots OBLIGATION D’INSTRUCTION A L’ECOLE DES TROIS ANS A PARTIR DE LA RENTREE 2021 retentissent à nos oreilles, nous explosons en larmes. Pas besoin du haut de ses 4 ans qu’on lui explique plus en détail ce que cela signifie pour lui, il a très bien compris. Si je tente de gérer mes propres émotions, la carapace se fendille. Je suis sidérée, choquée. Mes pensées divaguent, ma concentration impossible à canaliser. J’essaye de rester centrée sur mon fils. Mon ressenti est secondaire. Le principal concerné, c’est bien lui. Lui à qui nous avons toujours promis depuis la naissance qu’il serait libre de choisir. Libre de rejoindre les bancs de l’école si cela lui faisait envie, libre de continuer l’IEF (Instruction En Famille) aussi longtemps qu’il le demanderait… Liberté, c’est bien le mot-clé. Aujourd’hui, sur une simple intervention de celui qui se veut être le Président des français, cette liberté pédagogique s’effondre comme un château de cartes. Sous prétexte que certaines familles détourneraient prétendument l’instruction en famille pour radicaliser leurs enfants, voici qu’on ôte un droit inscrit dans la constitution à tous ceux qui oseraient se détourner du droit chemin de l’Éducation Nationale. Après la sidération, vint la peur. Que va-t-il se passer pour Liam ? Concrètement, ça change quoi dans les jours à venir ? On a le droit de changer une loi et la constitution sur un coup de baguette magique sans passer par le parcours législatif habituel ? Sommes-nous réellement en démocratie ? Et demain, quelle liberté nous ôtera-t-on ? La sidération, la peur, la tristesse, un torrent de larmes qui continue de couler dès que je cherche le répit, loin du regard de mon enfant à qui je n’ai pas envie de transmettre mes peurs, ma tristesse et mes doutes. Suite à ce tourbillon émotionnel vint enfin la colère et la révolte. Non, cela ne se passera pas comme ça. Derrière tous ces chiffres, il y a des êtres humains, des familles, des parcours de vie qui ont mené à l’instruction en famille. Est-ce un choix fondamentalement contre la République et l’école ? Je pense n’avoir jamais rencontré quelqu’un ayant recours à l’IEF pour ces raisons précises. Toutes ces familles, toutes ces histoires, tous ces projets, tous ces espoirs que l’on cherche à détruire en quelques mots dont ils n’ont pas mesuré les conséquences… Ou que trop bien ! Toutes ces voix qui n’allaient pas tarder, comme moi, à ne plus rester dans l’ombre et à se faire entendre !

Séparatistes, terroristes, radicaux, dangereux, tant de mots et de maux dont on nous affuble, nous, parents instructeurs en famille, qui faisons ce choix non pas par rébellion mais par amour pour nos enfants, non pas pour les détourner du savoir mais au contraire pour leur offrir toutes les chances de s’épanouir. Derrière notre choix de pratiquer l’école à la maison, il y a notre fils, L. , un petit bonhomme plein de joie et d’amour, un trésor de bonne humeur et de sociabilité. Notre enfant est bien connu des parents que nous rencontrons aux aires de jeux tant c’est un enfant curieux et extraverti de nature qui n’hésite pas à aller vers l’autre peu importe son âge. Ceux qui ne le savent pas encore peinent à croire qu’il est instruit en famille tant ça ne colle pas à l’image qu’on en présente dans les médias. Ceux qui le connaissent l’apprécient tel et pour qui il est. L., c’est aussi un enfant en demande constante d’attention, un besoin de régularité, de contrôle et de routine, une source inépuisable d’énergie renouvelable si on savait comment la canaliser, un être avec un besoin d’attachement accru, une sensibilité à fleur de peau, une nécessité impérieuse de pouvoir comprendre et expérimenter, de bouger, de toucher, de sentir, de voir, de découvrir, d’agir… Un enfant, en somme… mais en mode hyper ! Il est trop petit pour poser des diagnostics définitifs, et ce n’est pas non plus notre démarche. L’instruction en famille est un choix de vie qui nous a permis d’apprendre ensemble et en toute occasion, sans la dissocier de la vie réelle. Cela nous permet de le voir évoluer, grandir et s’élever et nous nous estimons plus que chanceux de pouvoir vivre cette expérience, ce cheminement à ses côtés. Pour L. apprendre signifie comprendre, chercher, tester, échouer, recommencer, et être accompagné avec patience et bienveillance dans ce parcours parfois semé d’embûches. Si quelque chose le questionne, il n’hésitera pas à exprimer sa curiosité jusqu’à épuisement. Cette qualité, nous aimerions tant qu’il ne la perde pas. Cette tendance naturelle à voir les choses d’un œil neuf, à s’interroger, à ne pas prendre les choses pour acquises et à réfléchir à des solutions ou à proposer un point de vue différent, à réfléchir librement, est une réussite à nos yeux de parents. Nous avons conscience qu’il n’est pas toujours facile de vivre avec ce torrent perpétuel de questionnement, ce besoin d’attention exacerbé et cette propension à se transformer en tornade humaine.

Si tel est son choix, nous avons toujours accepter l’idée qu’il puisse être scolarisé. Mais nous sommes conscients de ce que cela impliquerait pour lui comme pour les adultes qui l’entourent. Nous avons une grande reconnaissance pour les enseignants qui continuent de faire ce métier avec bienveillance dans des conditions délétères, avec des classes surchargées et des enfants de plus en plus souvent diagnostiqués comme porteurs de troubles qui nécessitent un parcours différencié tout en accompagnant le reste du groupe. L., s’il brille à la maison, serait probablement de ceux-ci. Nous savons tous que même les enfants en ayant le plus besoin manquent d’AVS (Auxiliaires de Vie Scolaire) depuis des années. Et je ne vois pas mon fils comme prioritaire par rapport à ces derniers. Mais sans l’aide d’une personne pour être canalisé et apaisé, pour l’accompagner dans les tâches de motricité fine et d’écriture qui lui font pour le moment défaut, je ne doute pas qu’il sera vite en difficulté scolaire. Et l’estime de lui-même face à l’échec, une fois en berne, est un chemin de croix à faire remonter. Grâce à l’IEF nous avons appris à lâcher prise sur certaines compétences pour lesquelles il y avait un blocage catégorique. Quelques mois plus tard et sans forcing, c’est enfin de lui-même que notre enfant vient au graphisme et à l’écriture. Cela veut-il dire que pendant des mois nous n’avons rien travaillé en ce sens et que nous l’avons laissé devant la TV à ne rien faire, comme beaucoup de monde se représente l’instruction en famille ?

Non, nous avons appris que tout acte permet de développer les fameuses compétences attendues et listées au sein du socle commun et ce de façon transversale. Nous avons stimulé notre enfant sans pour autant l’avoir assommer de fiches et d’activités graphomotrices dont il n’était pas capable.

Je n’ai pas envie de voir cette lumière dans son regard, cette lueur, cette rage de vivre, ce « pourquoi et comment » permanent s’éteindre sous prétexte que pour mieux surveiller quelques individus « potentiellement radicalisables », il faille punir toutes les familles libres d’apprendre autrement.

Je n’ai pas envie qu’on cherche à le faire entrer dans un moule, qu’il cassera ou qui le cassera…

On pourrait me dire que j’ai une vision bien pessimiste de l’école… Pour lui avoir offert plusieurs années de ma vie professionnelle, j’ai envie de dire qu’au contraire j’ai bien conscience du fonctionnement de l’Éducation nationale et des enjeux pour les enfants atypiques comme le nôtre.

En tant que travailleuse sociale, les conséquences à long terme de l’échec scolaire et les difficultés d’insertion qui en découle, je les connais aussi. Est-ce égoïste de faire ce pas de côté si nous sommes en capacité de le faire, d’offrir une éducation et un accompagnement de qualité pour permettre à notre enfant de s’épanouir dans les meilleures conditions ? J’en doute fortement. Il y a des enfants pour qui l’école semble répondre à un besoin, il en est d’autres pour qui cela représente un chemin de croix et s’avère contre-productif voir nuisible.

Si l’IEF était liée à notre précédent mode de vie (itinérance), c’est une évidence qui s’est forgée au fil du temps pour nous. C’est un investissement en temps, en ressources, en formation personnelle, en matériel pédagogique mais le « retour sur investissement » derrière ne se mesure pas financièrement. Je suis heureuse de pouvoir participer à l’éducation d’une nouvelle génération plus ouverte au changement, au respect de l’autre, à la bienveillance et à la protection de son environnement. Devrais-je pour autant avoir l’impression de radicaliser mon enfant ? Si c’est le cas, c’est tristement révélateur de l’état de ce monde, de ce pays en particulier.

Nous n’envisagions pas d’arrêter, sauf demande de notre enfant. Notre fonctionnement familial, peu importe ce qui se passe à l’échelle de la France, continuera d’être une démocratie. Pour l’instant, L. est conscient des enjeux et du risque d’obligation d’instruction à l’école pour la rentrée prochaine.

Étrange hasard de l’actualité, nous avions prévu de lui faire découvrir le rôle d’un président, le fonctionnement et l’élaboration des lois, les droits de l’enfant et avions prévu de nombreuses lectures sur le sujet pour le mois en cours. Dure façon d’apprendre que parfois la démocratie n’en a que l’apparence et qu’un Président ose prétendre publiquement interdire son droit à apprendre librement sans même respecter l’essence même du processus législatif.

Dans notre famille donc, chaque membre est respecté et écouté. Il est donc tenu informé, sans non plus chercher à l’angoisser avec tout ça. Nous évoquons la possibilité pour lui d’être inscrit dans une école suivant une pédagogie alternative, si d’ici-là ces dernières ne se retrouvent pas aussi dans le collimateur. Pour l’instant, il n’accepte pas encore cette idée. Nous ne baissons pas les bras, nous nous battrons pour faire entendre nos droits à apprendre, transmettre, aimer, éduquer, instruire et accompagner. Si, malgré cela, cette loi liberticide devait voir le jour et si L. devait ne pas se résoudre à être scolarisé à l’école, nous en prendrons acte.

Peut-être cela sera-t-il l’occasion de reprendre la route pour un voyage de longue durée ou de s’envoler vers d’autres cieux, d’autres rêves qui nous appelaient déjà mais que nous ne résolvions pas alors à rendre réels. L’avenir nous le dira. Pour l’instant, c’est le moment de faire entendre nos voix et j’espère, par ce témoignage, y avoir contribué. Nos mots, notre expérience, notre engagement sans faille et notre amour sont nos seules armes et l’humour face à l’adversité un de nos derniers boucliers, pour paraphraser Bernard WERBER.

 

Unissons-nous et diffusons un maximum la pétition pour le maintient de l’IEF !

 

D. Bello, fondatrice de lescookiesauxdetoursdumonde, pour Pass éducation