« L’instruction en famille est pour nous tout simplement continuité » | Témoignage pour le maintien de l’IEF en 2021

Je m’appelle Marie, maman musulmane. Cette première année d’IEF (Instruction En Famille) est pour nous tout simplement continuité.

Nous continuons à accompagner notre fils de deux ans et demi. Oui deux ans et demi et déjà en IEF car dans notre pays l’instruction est obligatoire l’année des 3 ans. Et il est né fin décembre.
Ce fut impensable pour nous de le scolariser si jeune, déjà au niveau de son rythme biologique, le réveiller de son sommeil profond de bambin, les joues encore rouges et chaudes. Le presser pour qu’il s’habille, déjeune et se brosse les dents. Lui imposer ce rythme là, tous les jours et obligatoirement. Ne pas pouvoir partir en vacances quand on veut.  Se demander si les personnes qui s’en occupent sauront reconnaître dans ses yeux qu’il a envie de faire pipi mais n’ose pas demander. Si il regardera souvent par la fenêtre en se demandant quand nous viendrons le chercher, si c’est bientôt l’heure. S’ils l’isoleront car il ne fait plus de siestes depuis plusieurs mois déjà.. À se demander aussi s’il pourra aller courir dans la cour quand il en aura envie, parce à son âge c’est plus qu’une envie, c’est un besoin.. Et ça à n’importe quelle heure. Alors, non : personne ne saura répondre à ses besoins comme moi.
Petit bonhomme un peu trop sociable justement, prêt à raconter sa vie quand il croise le facteur, petit garçon fort interpellé par les gens qui ne répondent pas à ses « Bonjour » insistants. Il faut dire qu’il a une multitude de copains en IEF. Depuis toujours nous nous sommes fait un réseau de personnes de tous âges et tous horizons, oh oui ces rencontres sont enrichissantes en tout point. Au parc quand il pleut ils construisent des cabanes ou font des soupes de feuilles. A la plage des châteaux ou des batailles, en forêt souvent aussi… Parfois on se retrouve à la ludothèque, ils peuvent lire des heures et des heures, tout les passionne. À deux ans et demi il a cette curiosité naturelle, cet élan et cet envie d’apprendre. Les enfants sont de toutes façons programmés pour apprendre,  à leur rythme et selon leurs envies. Tout le temps et partout. Compter avec des châtaignes et écrire dans le sable.
Nous sommes heureux, profondément, c’est tout notre équilibre familial qui est remis en cause depuis ce vendredi. Tout un projet de vie et une atmosphère en suspend. Notre fils pourrait du jour au lendemain, soudainement devoir aller à l’école alors que notre choix est de l’instruire en famille, nous avons aménagé tellement de choses dans nos vies, pour que ce projet qui coulait finalement de source puisse voir le jour.
Je m’étais préparée aux contrôles, plutôt deux fois qu’une vous savez, je m’appelle Marie mais je suis voilée. On doit redoubler d’effort, pourquoi je ne sais pas, ne pas attirer plus l’attention, être irréprochable, alors en bon élève on achète plus de matériel que nécessaire, on monte le projet pédagogique en septembre et on fait du formel parce que faut pas pousser quand même, unschooling + musulmans c’est double peine, on se demande même s’il est préférable de mettre le foulard à fleurs ou celui à pois pour ne pas avoir l’air « trop ».
Mon fils sera fils unique, lui qui rêve de cajoler une petite sœur ou de jouer aux dinosaures avec un petit frère. Il sera fils unique car nos libertés nous sont petit à petit retirées, des libertés fondamentales au bien être des familles. Des libertés ôtées du jour au lendemain comme un coup de poignard, le comble pour un pays avec une telle devise.
Et pourtant, s’ils savaient que notre unique motivation est de voir dans ses yeux cet enthousiasme lors de ses découvertes, de ses expériences, de nos voyages et rencontres. De l’accompagner au mieux dans cette vie et lui transmettre des valeurs d’amour de respect et de tolérance. Tout l’inverse de ce pourquoi tout est remis en cause aujourd’hui, ils sont tellement loin de la réalité… ! Comment lui dirais-je ? Lui annoncer qu’il ne pourra bientôt plus se lever à 9h30 comme d’habitude, qu’il ne pourra plus dessiner ou peindre en costume de super héros ou de monstre ? Comment expliquer à mon fils que moi sa mère, je ne pourrai plus veiller à son instruction et ses besoins parce que le fait qu’il pourrait potentiellement penser différemment dérange et leur fait peur ? Et que s’il va à l’école il ne pourrait plus non plus être qui il est, et qu’il devrait taire et étouffer son identité de peur de franchir leurs limites de laïcité à géométrie variable  ?
Non monsieur Macron : l’IEF ne favorise par le séparatisme si ce n’est le séparatisme entre les parents et les enfants. Au contraire, l’IEF est une vraie famille, il y a une fraternité considérable entre nous, pour cause… notre but est commun, le bien être de nos enfants, ni plus ni moins.
Il n’y a aucune radicalisation derrière tout ça, juste des enfants et familles épanouies qui ne demandent qu’à être libres de choisir ce qui est bon pour leur équilibre.
Marie, pour Pass Education