L’œil du loup – CM1 – Lecture – Récit

Lecture – Récit au CM1 : L’œil du loup

Debout devant l’enclos du loup, le garçon ne bouge pas. Le loup va et vient. Il marche de long en large et ne s’arrête jamais.
« M’agace, celui-là… »
Voilà ce que pense le loup. Cela fait bien deux heures que le garçon est là, debout devant ce grillage, immobile comme un arbre gelé, à regarder le loup marcher.
« Qu’est-ce qu’il me veut ? »
C’est la question que se pose le loup. Ce garçon l’intrigue. Il ne l’inquiète pas (le loup n’a peur de rien), il l’intrigue.
« Qu’est-ce qu’il me veut ? »
Les autres enfants courent, sautent, crient, pleurent, ils tirent la langue au loup et cachent leurs têtes dans les jupes de leurs mères. Puis, ils vont faire les clowns devant la cage du gorille et rugir au nez du lion dont la queue fouette l’air. Ce garçon-là, non. Il reste debout, immobile, silencieux. Seuls ses yeux bougent. Ils suivent le va-et-vient du loup, le long du grillage.
« N’a jamais vu de loup ou quoi ? »
Le loup, lui, ne voit le garçon qu’une fois sur deux.
C’est qu’il n’a qu’un œil, le loup. Il a perdu l’autre dans sa bataille contre les hommes, il y a dix ans, le jour de sa capture. À l’aller donc (si on peut appeler ça l’aller), le loup voit le zoo tout entier, ses cages, les enfants qui font les fous et, au milieu d’eux, ce garçon-là, tout à fait immobile. Au retour (si on peut appeler ça le retour), c’est l’intérieur de son enclos que voit le loup. Son enclos vide, car la louve est morte la semaine dernière. Son enclos triste, avec son unique rocher gris et son arbre mort. Puis le loup fait demi-tour, et voilà de nouveau ce garçon, avec sa respiration régulière, qui fait de la vapeur blanche dans l’air froid.
« Il se lassera avant moi », pense le loup en continuant de marcher.
Et il ajoute : « Je suis plus patient que lui. »
Et il ajoute encore : « Je suis le loup. » Mais, le lendemain matin, en se réveillant, la première chose que voit le loup, c’est ce garçon, debout devant son enclos, là, exactement au même endroit. Le loup a failli sursauter.
« Il n’a pas passé la nuit ici, tout de même ! »
Il s’est contrôlé à temps, et il a repris son va-et-vient comme si de rien n’était.
Cela fait une heure, maintenant, que le loup marche. Une heure que les yeux du garçon le suivent. Le pelage bleu du loup frôle le grillage. Ses muscles roulent sous sa fourrure d’hiver. Le loup bleu marche comme s’il ne devait jamais s’arrêter. Comme s’il retournait chez lui, là-bas, en Alaska. « Loup d’Alaska », c’est ce qu’indique la petite plaque de fer, sur le grillage. Et il y a une carte du Grand Nord, avec une région peinte en rouge, pour préciser. « Loup d’Alaska, Barren Lands »…
Ses pattes ne font aucun bruit en se posant sur le sol. Il va, d’un bout à l’autre de l’enclos. On dirait le battant silencieux d’une grande horloge. Et les yeux du garçon font un mouvement très lent, comme s’ils suivaient une partie de tennis au ralenti.
« Je l’intéresse donc tant que ça ? »
Le loup fronce les sourcils. Des vaguelettes de poils hérissés viennent mourir au bord de son museau. Il s’en veut de se poser toutes ces questions à propos de ce garçon. Il avait juré de ne plus jamais s’intéresser aux hommes. Et depuis dix ans, il tient le coup : pas une pensée pour les hommes, pas un regard, rien. Ni pour les enfants qui font les pitres devant sa cage, ni pour l’employé qui lui jette sa viande de loin, ni pour les artistes du dimanche qui viennent le dessiner, ni pour les mamans idiotes qui le montrent aux tout-petits en piaillant : « Voilà, c’est lui, le loup, si t’es pas sage, t’auras affaire à lui ! » Rien de rien.
« Le meilleur des hommes ne vaut rien ! »
C’est ce que disait toujours Flamme Noire, la mère du loup.
Jusqu’à la semaine dernière, le loup s’arrêtait quelques fois de marcher. La louve et lui s’asseyaient en face des visiteurs. Et c’était exactement comme s’ils ne les voyaient pas! Le loup et la louve regardaient droit devant eux. Leur regard vous passait au travers.
On avait l’impression de ne pas exister. Très désagréable.
« Qu’est-ce qu’ils peuvent bien regarder comme ça ? »
« Qu’est-ce qu’ils voient ? »
Et puis la louve est morte, elle était grise et blanche, comme une perdrix des neiges. Depuis, le loup ne s’est plus jamais arrêté. Il marche du matin au soir, et sa viande gèle sur le sol autour de lui. Dehors, droit comme un i un i dont le point ferait de la vapeur blanche, le garçon le regarde.
« Tant pis pour lui », décide le loup. Et il cesse complètement de penser au garçon.

L’œil du loup, Daniel Pennac, Pocket Junior, Nathan

Questionnaire

Réponds aux questions

1) Indique la saison où se passe le début de cette histoire et indique les mots du texte qui confirment ta réponse.
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2) De quel pays vient le loup ?
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3) Comment s’appelait sa mère ?
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4) Quelle est la couleur du loup ?
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5) Que pensent-ils des hommes ?
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6) Que s’est juré le loup de faire depuis 10 ans ?
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7) Depuis la mort de la louve que fait le loup ?
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8) Où se passe cette histoire ?
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9) De nombreux enfants viennent observer le loup, mais leur comportement sont différents de celui du petit garçon. Que font-ils devant la cage ?
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