Lecture sur Madame de Sévigné, Lettres, 1673 en 3ème.
Madame de Sévigné est une célèbre épistolière du XVIIᵉ siècle. Dans ses lettres, notamment à sa fille, elle exprime ses émotions et commente la vie de son temps. Celle-ci est écrite après son départ de Grignan, où sa fille, Françoise, vit depuis son mariage avec M. de Grignan.
Lettre à Madame de Grignan
A Montélimar, jeudi 5 octobre 1673,
Voici un terrible jour, ma chère fille ; je vous avoue que je n’en puis plus. Je vous ai quittée dans un état qui augmente ma douleur. Je songe à tous les pas que vous faites et à tous ceux que je fais, et combien il s’en faut qu’en marchant toujours de cette sorte, nous ne puissions jamais nous rencontrer. Mon cœur est en repos quand il est auprès de vous : c’est son état naturel, et le seul qui peut lui plaire. Ce qui s’est passé ce matin me donne une douleur sensible, et me fait un déchirement dont votre philosophie sait les raisons : je les ai senties et les sentirai longtemps. J’ai le cœur et l’imagination tout remplis de vous ; je n’y puis penser sans pleurer et j’y pense toujours : de sorte que l’état où je suis n’est pas une chose soutenable ; comme il est extrême, j’espère qu’il ne durera pas dans cette violence. Je vous cherche toujours et je trouve que tout me manque, parce que vous me manquez. Mes yeux qui vous ont tant rencontrée depuis quatorze mois ne vous trouvent plus. Le temps agréable qui est passé rend celui-ci douloureux, jusqu’à ce que j’y sois un peu accoutumée ; mais ce ne sera jamais assez pour ne pas souhaiter ardemment de vous revoir et de vous embrasser. Je ne dois pas espérer mieux de l’avenir que du passé. Je sais que votre absence m’a fait souffrir ; je serai encore plus à plaindre, parce que je me suis fait imprudemment une habitude nécessaire de vous voir. Il me semble que je ne vous ai point assez embrassée en partant : qu’avais-je à ménager ? Je ne vous ai point assez dit combien je suis contente de votre tendresse : je ne vous ai point assez recommandée à M. de Grignan ; je ne l’ai point assez remercié de toutes ses politesses et de toute l’amitié qu’il a pour moi ; j’en attendrai les effets sur tous les chapitres : il y en a où il a plus d’intérêt que moi, quoique j’en sois plus touchée que lui. Je suis déjà dévorée de curiosité ; je n’espère plus de consolation que de vos lettres, qui me feront encore bien soupirer. En un mot, ma fille, je ne vis que pour vous. Dieu me fasse la grâce de l’aimer quelque jour comme je vous aime. Je songe aux pichons[1] ; je suis toute pétrie de Grignan ; je tiens partout[2]. Jamais un voyage n’a été aussi triste que le nôtre ; nous ne disons pas un mot.
[1] Pichons : enfants.
[2] Je tiens partout : je pense à vous en permanence.
Questionnaire
À propos de la forme de l’écriture de soi
1. a) Qui écrit cette lettre et à qui s’adresse-t-elle ? Quel est le lien entre ces deux personnes ?
b) Dans quelles circonstances précises cette lettre a-t-elle été écrite ? Justifie ta réponse en citant un passage précis qui évoque ces circonstances.
2. Ce texte relève du genre épistolaire. Quelles sont les caractéristiques formelles de ce genre ? (Plusieurs réponses possibles)
a) La présence d’un expéditeur et d’un destinataire.
b) L’emploi de la première personne et d’un ton personnel.
c) L’absence de tout repère temporel ou spatial.
d) Des marques de l’échange (formules d’adresse, salutations, références à la réponse attendue).
À propos des sentiments exprimés
3. Quels sentiments dominants Madame de Sévigné exprime-telle dans cette lettre ? Relève pour chacun un passage qui l’illustre.
4. « Je ne vous ai point assez dit combien je suis contente de votre tendresse : je ne vous ai point assez recommandée à M. de Grignan ; je ne l’ai point assez remercié de toutes ses politesses et de toute l’amitié qu’il a pour moi » Quel sentiment ce passage traduit-il ?
5. Quelle importance ont les lettres dans la relation entre Madame de Sévigné et sa fille ? Justifie par une citation.
6. Quelle image du lien mère-fille se dégage de cette lettre ? Développe ta réponse.
À propos du style et de la langue
7. À quel temps verbal Madame de Sévigné écrit-elle principalement ? Quelle est la valeur principale de ce temps ici ? Appuie ta réponse sur un passage du texte.
8. « Je vous cherche toujours et je trouve que tout me manque » (ligne 12). Quelle est la figure de style employée dans cette phrase ? Quelle émotion de l’autrice traduit-elle ?
9. Quelle est la fonction de l’interrogation dans la phrase suivante : « Il me semble que je ne vous ai point assez embrassée en partant : qu’avais-je à ménager ? » (ligne 18)
Pour prolonger la réflexion
10. D’après cette lettre, quels traits de caractère de Madame de Sévigné peux-tu reconnaître ? (Par exemple : sa sensibilité, son intelligence, son humour, sa dépendance affective…) Appuie ta réponse sur un ou deux passages précis du texte.
11. Trois siècles plus tard, pourquoi cette lettre peut-elle encore toucher un lecteur d’aujourd’hui ? Appuie ta réponse sur ton ressenti personnel et sur le texte.
Analyse de l’image
12. En quoi le tableau Les Trois Âges de la femme de Gustav Klimt et la lettre de Madame de Sévigné expriment-ils tous deux l’amour maternel et la douleur du temps qui passe ?
Littérature Mme de Sévigné, Lettres, 1673 – 3ème pdf
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Questionnaire Mme de Sévigné, Lettres, 1673 – 3ème pdf
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Correction Questionnaire Mme de Sévigné, Lettres, 1673 – 3ème pdf
Correction Questionnaire Mme de Sévigné, Lettres, 1673 – 3ème rtf




