Le petit Émile sous l’occupation – Cm2 – Lecture – Récit – 2ème guerre mondiale – Histoire – Cycle 3

Le petit Émile sous l’occupation – Cm2 – Lecture – Récit – 2ème guerre mondiale – Histoire – Cycle 3

Ce matin, sur le chemin de l’école, à l’angle de la rue Schweisguth, le petit Emile fut bouleversé de voir que la boutique de la vieille boulangère, qui lui glissait souvent des bonbons sous sa blouse, avait été fermée. Sur le store tiré, des grosses lettres peintes indiquaient « JUDE ».

 

« C’est encore un coup des allemands » se dit Emile intérieurement. Depuis juin 1941, l’administration française était confiée à des allemands nazis et les mesures prises à l’encontre des Juifs et des Polonais étaient de plus en plus draconiennes.

Tout attristé, Emile regarda autour de lui. « Comme les choses ont changé depuis le jour où la France s’est rendue. Depuis ce que papa appelle « l’armistice », tout est devenu allemand. Tout est écrit en allemand maintenant : les enseignes des magasins, les journaux et même les livres. On n’a plus le droit de lire des livres en français, les allemands les ont brûlés. En plus, ils ont des idées bizarres ces allemands ! Figurez-vous que le port du képi et du béret est interdit, et que l’on n’a plus le droit de vendre des cartes routières à n’importe qui ! Mais je crois que le pire, ce sont les affiches qu’on voit partout. Tout le monde les connaît par cœur à force de les voir ! »

ALSACIENS !

En cette heure, de toutes les provinces du Reich, nous saluons le retour en Alsace de nos compatriotes allemands.

Maintenant, nous sommes réunis, ALLEMANDS DU VIEUX REICH ET ALSACIENS, dans des sentiments de joie profonde et de reconnaissance devant le fait que la géniale supériorité du grand Führer des allemands, ADOLF HITLER, a épargné tant d’horreurs à votre pays et à ses habitants.

 

Emile ne comprenait pas toute l’ampleur de ces mots, mais il avait souvent entendu son père en parler et il savait que les Alsaciens ne partageaient pas cette joie que l’affiche décrivait.

Emile était tellement absorbé par ses réflexions qu’il manqua de bousculer une femme qui marchait en sens inverse avec un gros panier .Elle devait certainement, comme toutes les autres femmes du quartier, aller acheter la nourriture.

C’est vrai que la vie se compliquait .Nous avions de plus en plus faim .De jours en jours, les files s’allongeaient devant les boutiques .Durant des heures et des heures, les femmes attendaient pour n’obtenir que quelques légumes franchement mauvais, des rutabagas, des topinambours et de rares morceaux de viande ou de matières grasses. Quelquefois, avec tante Berthe, nous faisons la queue de longues heures quand maman n’avait pas le temps, et pour n’avoir que quelques pommes de terre et une ration de viande .Les commerçants nous demandaient non seulement de l’argent comme autrefois mais aussi des tickets d’alimentation. En effet, tout était rationné et chaque famille n’avait plus droit qu’à une quantité limitée de nourriture par semaine et par personne.

Mais heureusement hier soir, tante Berthe avait réussi à acheter un énorme jambonneau qui devrait nous tenir jusqu’à l’hiver d’après elle. Tante Berthe était ce genre de personne qui réussissait à acheter de la nourriture en dehors des boutiques et elle appelait ça « le marché noir ». Il n’y avait pas que la nourriture qui était rationnée mais aussi un tas d’autres choses, comme le savon par exemple. Nous n’avions plus droit qu’à un savon par mois et maman, pour laver le linge, devait utiliser de la cendre de bois car on ne trouvait plus aucune lessive chez aucun commerçant. »

 

Emile venait de tourner à l’angle de la rue Kreuz lorsqu’il vit un attroupement de personnes devant une affiche que les allemands venaient très certainement de coller. Des murmures de protestation et de colère s’échappaient du groupe. Un homme levait le poing et proférait des injures. Emile essaya de se faufiler pour pouvoir lire ce qui provoquait tant d’agitation.

« Une petite clique de bavards, de rouspéteurs et de méchants imbéciles disent non à tout ce que leurs cerveaux obtus ne veulent pas comprendre. Ils s’obstinent à parler français. Nous avons subi pendant plus d’une demi-année, c’en est assez ! A partir du 15 mai 1941, celui qui parlera français en public sera mis dans un camp de concentration. »

Circulaire du Kreisleiter de Colmar, 15 mai 1941.

Emile ne s’attarda pas ; s’il continuait à flâner ainsi, il serait en retard à l’école. Devant la grille, François Lerbier était déjà là :

« Salut Lerbier, tu as vu les affiches ?

–          Celles qui disent qu’on n’a plus le droit de parler français ?

–          Oui, tu te rends compte, si on ne peut même plus parler français entre nous ! C’est un comble, déjà que toute la journée on parle allemand !

–          Ouais, et tu ne devrais plus m’appeler Lerbier. Mon nouveau nom, c’est Lerber ; il paraît que ça fait plus allemand.

–          Ah, je vois ! Mais je ne peux pas m’y faire, et puis d’abord, je ne vois pas ce que ça change ! »

 

 

Ce que ça changeait en réalité, Emile n’eut pas le temps d’y penser car la sonnerie venait de retentir et les enfants se hâtèrent de se mettre en rang. M. Kern, l’instituteur (lui aussi avait changé de nom) leur adressa un chaleureux « Guten Tag ». Le quart d’heure matinal d’actualité politique allait commencer. Les élèves n’avaient pas bien compris l’émergence de cette nouvelle matière dans le programme ; c’était déjà tellement difficile d’apprendre à lire et à écrire en allemand…

Mais ceci n’était pas la seule nouveauté ; il fallait aussi réapprendre la géographie. Sur les cartes murales, M. Kern avait soigneusement redessiné et tracé les frontières nouvelles du Grand Reich allemand. Avant, Emile aimait bien l’école, jamais il ne s’ennuyait. Mais maintenant, des journées entières, il était assis et essayait désespérément de comprendre tout ce que disait M. Kern en allemand .Par moment, quand celui-ci avait le dos tourné, Emile en profitait pour lancer quelques mots en français à son camarade Lerbier. Ce matin-là, il demanda à son voisin s’il avait vu ce qui était arrivé à Pierre. Lerbier ne le savait pas. Emile lui expliqua que Pierre avait osé parler en français et pour cela, il avait été convoqué chez le directeur et envoyé à la Gestapo. Il fallait vraiment être de plus en plus prudent. Mais le plus pénible pour Emile était de devoir écouter les militaires allemands qui venaient en classe pour décrire les succès allemands, pour faire les éloges du Führer et du système nazi tout en attaquant violemment et sournoisement la France.

 

La cantine aussi avait bien changé. La maîtresse apportait une grande marmite de soupe avec du pain uniquement. Mais heureusement, les enfants des fermiers avaient des casse-croûtes qu’on se partageait et le maréchal Pétain offrait de temps en temps des biscuits et des pastilles vitaminées.

 

Après la classe, les élèves ne pouvaient plus jouer non plus. En effet, Hitler avait décidé que tous les enfants de 10 à 18 ans étaient obligés de faire leur service dans la Hitler Jugend. Ainsi, le soir, les jeunes garçons et filles, vêtus d’un même uniforme, étaient confiés à certains chefs allemands qui les initiaient à leur futur rôle dans la communauté, à la politique allemande et s’acharnaient à développer leurs capacités physiques. Tout était fait pour modeler l’esprit de ces jeunes soldats du Führer à la politique nationale-socialiste, comme le disait sans cesse M. Kautzmann, notre voisin.

 

Le petit Emile n’avait que 9 ans et n’appartenait pas encore au mouvement de la Hitler Jugend. Mais il savait que dès le début de l’année prochaine, lui aussi devrait y aller ; cela le préoccupait déjà beaucoup.

 

Tout en pensant à cela, Emile rentrait chez lui aux environs de 7 heures après avoir effectué ses devoirs en étude. Traduction de textes, écriture, problèmes en allemand, tout un travail fastidieux pour Emile qui avait du mal à maîtriser cette nouvelle langue qu’il lui fallait pourtant apprendre. A cette heure-là, il y avait encore foule dans la rue. Les hommes allaient prendre une bière dans un café après une journée de dur labeur. Quelques femmes finissaient de faire la queue devant quelques magasins d’alimentation qui n’avaient pas encore fermé leurs portes. Des gamins, trop jeunes pour être initiés à la politique allemande, jouaient aux billes dans la rue avant de rentrer chez eux.

 

Le repas du soir était pris vers 8 heures et se limitait à quelques pommes de terre et une soupe de pois ; de quoi calfeutrer l’estomac. Puis, un peu plus tard, à peine la vaisselle terminée, c’était l’heure du couvre-feu. A 21 heures, extinction  des lumières et les quelques bougies qui brillaient encore n’allaient pas tarder à s’éteindre par crainte d’une visite de la patrouille allemande qui faisait sa tournée pour vérifier le bon respect de la consigne.

 

Toutes les rues étaient désertes, et les quelques retardataires devaient se hâter pour regagner leur domicile, rasant les murs pour ne pas être vus. C’était l’heure ou le papa d’Emile allumait la radio pour écouter les dernières nouvelles sur Radio-Londres, le plus discrètement possible. C’est ainsi que tous les soirs, la famille se réunissait autour du poste.

 

Emile ne comprenait pas très bien ce qui se passait. Son père lui avait juste expliqué que les anglais diffusaient des informations sur le déroulement de la guerre. Pourtant, en France, rien ne bougeait ; la guerre était bien finie. Ailleurs, elle se poursuivait, et son papa avait l’espoir qu’un jour, les anglais viendraient les libérer. C’était bien trop compliqué pour Emile qui ne s’expliquait pas les sorties tardives de son père ; deux fois par semaine, vers 22 heures, il quittait la maison pour aller on ne sait où, sous un prétexte quelconque. Emile avait bien entendu un jour son papa prononcer le mot « résistance », mais qu’est-ce que cela pouvait bien vouloir dire ? Quand il osa poser la question, il dut jurer de ne jamais redire ce mot à qui que ce soit car cela pourrait avoir des conséquences extrêmement graves.

 

Emile se résignait donc, pensant qu’un jour il serait en âge de comprendre, que papa lui expliquerait tout ça, et qu’il saurait tout de la résistance.

 

En attendant, il était l’heure d’aller se coucher. Vingt-deux heures avaient sonné à la cloche de la vieille église du quartier et maman regardait Emile d’un drôle d’œil.

Emile se dépêcha donc, et ferma les yeux dans l’espoir que demain serait un jour meilleur, et comme disait papa, pourquoi pas le jour de la libération.

 

Mais ce qu’Emile ignorait alors, c’est que la libération n’allait être effective que 3 ans plus tard, et qu’entre temps, bien des choses allaient encore changer ; la résistance devait s’affirmer, la collaboration devait se poursuivre, la France entière allait être occupée… mais le Général de Gaule, réfugié à Londres, devenu chef de « la France Libre », allait venir les libérer avec les Alliés.

Le petit Emile sous l’occupation – Questionnaire

Nom : Date :

 

 

Repère dans le texte

1/ Qui est le personnage principal de ce texte ? Quel âge a-t-il et quel est son nom ?

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2 / A quelle période se situe l’histoire ?

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3/ Où se déroule l’histoire ? ………………………………………………..……………………………………………………………………………………………………

Ce que j’ai compris

1/ Que signifie le mot « JUDE » ?

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2/ Pourquoi la boulangerie est-elle fermée ?

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3/ Quelle est la vie quotidienne sous l’occupation ?

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4/ Que dit la Circulaire du Kreisleiter de Colmar, 15 mai 1941?

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5/ Donne au moins deux grands changements que subit Emile dans sa ville sous l’occupation.

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6/ Quelle est l’obligation des enfants de 10 à 18 ans ?

  • o Rentrer chez eux à 17 heures.
  • o Faire leur service dans la Hitler Jugend.
  • o Faire deux heures de corvées pour le gouvernement allemand.

 

7/ A ton avis, que fait le père d’Emile le soir ?

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