Crise des vocations dans l’enseignement

INFOGRAPHIE – Une campagne de communication est lancée mercredi pour attirer de nouvelles recrues. Le ministre Luc Chatel fait face aux critiques des syndicats, des associations de parents d’élèves et des maires.

Luc Chatel va lancer mercredi une campagne de publicité estimée à 1,3 million d’euros pour recruter des enseignants, qui, dans certaines disciplines scientifiques, notamment, se raréfient. Le métier de professeur est devenu une profession moins attirante pour les jeunes. Le nombre de personnes ayant présenté les concours de professeur a été divisé par deux en un an, selon une note du ministère. S’agit-il d’une baisse conjoncturelle, ou d’un vrai mouvement de désaffection?

La suppression de l’année de formation et les effectifs en baisse entament l’image de la profession, affirment les syndicats. Le bleu à l’âme des débutants tentés par une démission a été abondamment relayé. Au ministère, on considère néanmoins que la baisse des candidats aux concours reste ponctuelle, liée aux récents aménagements de la formation des enseignants. Le nombre de postes offerts ayant lui aussi diminué, le vivier de candidats reste par ailleurs très sélectif: de 18 à 22% des candidats ont réussi les concours en 2010. Quant à la difficulté à attirer des étudiants vers le professorat, elle date de plus de dix ans, rappelle-t-on dans l’entourage du ministre, et elle «est liée à la désaffection globale pour les métiers scientifiques».

«Vif mécontentement»
Avec sa campagne de communication décidée par le ministère, Luc Chatel entend répondre à ceux qui lui reprochent de vouloir saigner l’Éducation nationale avec les 16.000 suppressions de postes d’enseignant prévues pour la rentrée: les syndicats d’enseignants, mais aussi les associations de parents d’élèves et, plus récemment, Jacques Pelissard, président de l’Association des maires de France. Les maires ont rappelé leur «vif mécontentement au regard de la réduction de 8967 postes de personnels enseignants du premier degré en 2011, (qui) aura pour conséquence la suppression de 1500 classes».

Le ministre de l’Éducation a soigné sa communication dans le Journal du dimanche pour calmer le jeu. Principale concession, il promet un «traitement différencié» pour les écoles primaires en 2012. Il souhaite que le nombre de classes de primaire soit maintenu à la rentrée 2012, après les 1500 fermetures de classes cette année.

Bientôt une manifestation nationale
Les 16.000 suppressions de postes d’enseignant toujours prévues à la rentrée 2011 correspondent au non-remplacement de la moitié des 33.000 départs en retraite prévus, conformément à la règle gouvernementale. Mais le ministre préfère communiquer sur le fait qu’il s’apprête à embaucher 17.000 fonctionnaires. Pour parvenir à ces 17.000 postes, il faut toutefois compter les agents administratifs et les infirmières scolaires. Car, en réalité, le nombre d’admis aux concours d’enseignant a baissé depuis 2005: 11.600 sont ouverts en 2011, contre 15.223 en 2009, 17.928 en 2008 et 25.515 en 2005.

Ces chiffres sont toutefois à manier avec prudence: la règle du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux n’est pas respectée, car les enseignants sont régulièrement moins nombreux que prévu à partir à la retraite. Théoriquement, 16.000 postes devaient être supprimés en 2010, mais les suppressions d’emplois ont ainsi «été limitées à 14.551», indique la Cour des comptes dans son rapport sur la gestion budgétaire de l’État. Le ministre répète régulièrement que «la qualité de notre enseignement est très bonne». «Nous avons 35.000 postes d’enseignants de plus qu’il y a quinze ans, alors que nous avons 500.000 élèves de moins», affirmait-il récemment au Figaro. Ces arguments ne sont pas entendus par les syndicats. La FSU envisage déjà l’organisation d’une grève en septembre, ainsi qu’une manifestation nationale.